AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 179 même notre pays. Nous n’en avons jamais eu d’autre. C’est là-bas à Anna, que nous sommes nés. » (Q , 414) La terre nourricière Dans son nomadisme, l’écrivain cherche son paradis perdu qu’il construit et reconstruit dans ses romans. Il ne peut jamais l’oublier, comme le dit Alexis, le narrateur et le héros du roman Le chercheur d’or : « je ne peux pas l’oublier, je ne l’oublierai jamais ». (LCO, 278) L’écrivain marche sur ses traces faisant appel à la mémoire et à l’écriture pour regagner l’espace originel. Il veut rendre vifs ses lieux faisant appel à toute sorte de détails physiques, à des toponymes, à des noms de plantes, d’arbres, d’oiseaux et à d’autres indices de cet espace qu’il veut s’approprier. Les endroits que l’écrivain nomme le Boucan, Eureka ou Mananava sont autant de représentations imaginaires de ses origines. Pour mieux délimiter le Boucan, l’écrivain emploie un grand nombre de noms propres géographiques qui trahissent une bonne connaissance de l’endroit : la région de Tamarin, la Rivière Noire et Chamarel, Anna, les Trois Mamelles, la Tourelle de Tamarin, la Rivière Moka et le domaine d’Eureka. Ce dernier est le berceau mauricien des Le Clézio, devenu terre mythique dans ses œuvres. Dans Le chercheur d’or, le premier chapitre ( Enfoncement du Boucan) est tout entier consacré à la description du domaine familial et de ses environs. Alexis, et par lui l’écrivain, se place au centre de ce topos et établit des liens d’appartenance avec la terre de ses ancêtres. C’est un espace euphorique, parce que c’est le monde de l’enfance et du bonheur où il se réjouit de l’amitié innocente avec l’Indien Denis et des leçons fascinantes de Mam. En même temps, il s’initie aux mystères de la nature environnante, du ciel et de la mer. Le Boucan est aussi un espace mythique qui est toujours évoqué comme un leitmotiv même lorsque sa mère est à l’article de la mort : Je lui ai parlé de ce qu’elle aimait le plus, le jardin plein d’hibiscus, les poinsettias, les arums, et ses orchidées blanches. Je lui ai parlé du grand bassin ovale, devant la varangue où l’on entendait chanter les crapauds. Je lui ai parlé aussi de ce que j’aimais, que je n’oublierai jamais, sa voix quand elle nous lisait une poésie ou quand elle récitait les prières de la nuit. L’allée où nous marchions gravement tous ensemble pour regarder les étoiles, en écoutant les explications de notre père. (LCO, 356) Le jardin édénique finit par « l’arbre chalta » nommé par la sœur d’Alexis « l’arbre du bien et du mal » (LCO, 14). Celui-ci fait la démarcation entre leur domaine et le territoire sauvage de Mananava, « cette vallée oubliée des hommes, orientée selon le tracé de la constellation d’Argo ». (LCO, 323) Ancien refuge des esclaves marrons, Mananava est le lieu de « l’autre côté », un autre espace mythique où s’étend la forêt sombre pleine
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