AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 181 Ramah-Eau-Bleue, Trou-d’eau-douce. Cette énumération est complétée par une autre qui rappelle les noms des Patriarches qui ont dominé ces terres : « Leurs noms, comme une litanie, Lamy, Francheville, Montcalm, Kervoal, Kervern, Kérobestin, [...], ils étaient en moi... » (Q, 210). Le Clézio puise dans la mémoire de l’identité collective mauricienne dont il essaie de connaître et de partager les traditions, les coutumes, les pratiques et les productions culturelles créoles. Images culturelles Les traditions orales, les légendes, les sirandanes (devinettes créoles), la langue et d’autres éléments pénètrent dans la trame de ses romans et dévoilent les traces d’une identité collective ancestrale. Les héros lecléziens se remarquent par l’art de transmettre l’héritage culturel d’une génération à l’autre. Dans Le chercheur d’or , capt’n Cook, le grand-père de Denis, lui a appris de reconnaître « les plantes qu’on peut manger dans la forêt, [...], il est capable de reconnaître les arbres selon leur odeur ou bien en mâchonnant leur écorce » (LCO, 70). Le petit Indien surnommé « l’homme des bois » est un autre Vendredi qui fait découvrir à son ami Alexis l’univers de l’île. Il connaît les plantes rares, leur goût, leur emploi et surtout leur rôle dans certains rituels mauriciens. Des fois, un certain nom de plante ou d’arbre cache une légende locale que le petit Indien se plaît à raconter à son ami. Ainsi, le nom d’un buisson, « pistache marron » devient-il une bonne occasion pour raconter l’histoire du marron Sacalavou (ou Saclavou) qui se nourrissait des graines de cette plante. Ce héros légendaire est présent dans plusieurs œuvres mauriciennes comme un exemple de force, de révolte et de courage parmi les esclaves noirs. Dans Le chercheur d’or on apprend qu’il était mort au pied des montagnes après s’être jeté du haut de la falaise pour ne pas être rattrapé par les Blancs. Sa légende est racontée avec plus de détails dans Sirandanes , notamment dans la dernière partie qui s’occupe du lexique créole. L’auteur remonte dans le passé historique de Maurice, au début des plantations de canne, lorsque les Noirs fuyaient les mauvais traitements des Blancs, trouvant refuge dans les forêts des montagnes. La révolte des marrons a comme cause le « Code noir » du XVIII e siècle qui prévoyait des châtiments terribles pour les esclaves révoltés. On dit que le gémissement de Saclavou s’entend encore lorsque le vent souffle dans les vallées. Dans La Quarantaine, Ananta connaît elle aussi la flore locale, elle sait guérir et détourner les « yangues » par sa force magique. D’autres personnages du roman connaissent le pouvoir caché des plantes rares comme Mari, l’Indien qui a découvert sur l’îlot Gabriel « la bevilacqua » (Q , 209), très efficace pour calmer les plaies. Dans le même roman, l’Indienne Surya sait comment dérouler la feuille de platanille pour en faire un pansement. L’écrivain dévoile une relation très étroite entre la nature
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