AGAPES FRANCOPHONES 2012
182 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 environnante et les ancêtres qui, selon la tradition animiste, se retrouvent parmi les vivants : « il ne faut pas avoir peur [...] des morts, ils sont avec nous, ils ne nous quittent pas, [...] ils marchent sur la plage, ils cherchent un endroit où habiter. Ils sont dans les oiseaux, dans les plantes, même au fond de la mer dans les poissons». (Q , 190-191) Un survol rapide des œuvres mauriciennes dévoile la présence, entre autres, d’une croyance selon laquelle une plante emblématique d’un peuple contient l’esprit du lieu. Il existe peut-être aussi un oiseau jouant le même rôle comme il serait le cas des pailles-en-queue de Mananava. L’histoire même de la famille de Le Clézio a été élevée au rang de légende si l’on pense à la carte au trésor de son grand-père. Dans Voyage à Rodrigues, l’écrivain met en lumière plein de détails sur le mythe du trésor que son aïeul a enrichi. Ses documents personnels – lettres, cartes, plans, schémas, messages codés, graffitis et calculs – sont autant de preuves d’une histoire parallèle à celle de la fameuse quête du trésor. Est-il parti au hasard ? Est-ce une intuition qui l’a guidé vers Rodrigues ? Mais peu à peu comme dans toute création, les faits du quotidien, les réflexions, les anecdotes sont venues se joindre au mythe du trésor, se sont mêlés, greffés à lui, l’ont transformé. Chaque élément nouveau dans sa quête devenait un moment du mythe. ( Voyage à Rodrigues , 79-80) Passionné et connaisseur d’étoiles et de constellations que ses héros se plaisent à admirer, l’écrivain leur donne des noms indiens comme Shukra, Rohini, les Trishanku ou il les appelle Trois Péchés, Orion et Aldebaran. Il puise dans la diversité d’une culture méconnue dont il s’efforce de relever les multiples facettes à l’aide de la langue. La langue. Sirandanes La lecture des œuvres de Le Clézio nous donne le droit d’apprécier que sa langue est nomade tout comme l’écrivain. Il en a une conception organique et la considère comme un corps qui se nourrit, grandit et s’enrichit sous l’influence d’autres cultures. On a affaire chez lui avec une langue métissée comprenant des mots d’origines très diverses. Dans Sirandanes 7 , l’écrivain éclaire sa conception par une définition du langage : Langage, quel langage ? Impossible pour moi de considérer le langage humain comme un bien acquis, comme une forme définitive. La langue que je parle, que j’écris, je la sens plutôt comme un être vivant qui bouge, qui change, qui s’enfuit. Un flux et un reflux de paroles. ( SI , 63) L’ailleurs suppose aussi l’emploi de différentes langues suite aux différentes ethnies et cultures qui cohabitent dans cet espace. Passer d’un 7 Jean-Marie-Gustave Le Clézio, Sirandanes , Paris, Seghers, 1990. Dorénavant désigné à l’aide du sigle (SI), suivi du numéro de la page.
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