AGAPES FRANCOPHONES 2012
190 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 La voix des femmes Les femmes ne sont pas présentées de manière subalterne dans les œuvres de Dewé Gorodé mais occupe l’espace narratif en tant que protagonistes. Cette prise de parole est très importante lorsque nous savons que dans les tribus kanak l’expression féminine est restée muette du fait des structures du privilège public des voix masculines. Cependant, Dewé Gorodé explique qu’il existe différentes prises de parole et que dans certains cas, la femme a tout à fait le droit d’imposer la sienne et que c’est d’ailleurs son rôle. Si traditionnellement les femmes ne prennent pas la parole face à un public masculin, il n’en est pas de même en ce qui concerne l’éducation des enfants dans les espaces domestiques. Il faut noter que le terme parole recouvre un sens singulier dans la tradition kanak. La parole féminine en privé qui raconte les légendes et dit les contes est cruciale pour aiguiser l’identité d’une jeunesse progressivement urbanisée et en perte de culture. Ainsi la femme est associée à la continuité de la tradition. La voix des femmes se fait donc entendre. Dans les récits de Dewé Gorodé, la femme résiste à une conception occidentale selon laquelle la femme kanak serait contrainte au silence. Cette voix féminine joue un rôle central dans la société kanak et est perçue comme un facteur de transformation sociale. La femme, élément de changements sociaux La femme et la mère sont des éléments fondamentaux de la société kanak ; leur permanence et leur solidité sont souvent évoquées à travers la métaphore de la plante. Dans la société kanak, il existe des plantes dites féminines et d’autres dites masculines. La nouvelle « Une dame dans la nuit » met en scène les ravages d’un cyclone qui a détruit les ignames, symboles masculins, mais qui n’a pas eu raison des taros, des cordylines et des coléus, symboles féminins, qui parviennent à résister : Plus bas, déchirées, les grandes feuilles de taros d’eau en forme de cœur, sont toutes légendaires, aucun des taros n’est déraciné. Autre bon signe, la cordyline et le coléus vert, symboles de la vie et de la fertilité, bien que drôlement malmenés, ont également résisté. ( L’Agenda 12) À travers cette image, Dewé Gorodé affirme la solidité de la femme qui apparaît alors comme un élément de confiance, de stabilité et de cohésion. Elle met en valeur le rôle essentiel de la femme kanak qui malgré les difficultés sait faire preuve de résistance, de caractère et de courage. Dans un contexte contemporain, il faut considérer les femmes kanak à la fois dans et entre les deux mondes, kanak et colonial. La théorie postcoloniale révise le discours classique sur l’autre pour nous permettre de lire la femme comme victime d’une double colonisation : celle de la société
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