AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 191 patriarcale oppressive et celle du colonialisme masculin. Mais le pouvoir n’est jamais total et les possibilités de résistance existent. Il faut comprendre la résistance non pas simplement comme un refus violent mais aussi comme une transformation. C’est une idée que nous retrouvons chez Bill Ashcroft ( Post-colonial transformation 2001), théoricien postcolonial, qui suggère une éthique progressiste permettant aux nouvelles positions sociales et aux nouveaux rôles d’être créés et occupés. Pour lui, la résistance n’est plus réactionnaire mais productrice d’une reconception alternative de l’histoire humaine, qui agit au-delà de la simple inversion du binôme colonial. Une telle re-création textuelle est inévitablement le complément d’une dé-création, la négation initiale de la domination coloniale. La résistance sera possible si elle parle des nouvelles imaginations et des affirmations culturelles réfléchies plutôt qu’une forme activiste patriotique de purge du passé. Partant de ces théories, l’œuvre de Dewé Gorodé, bien loin de glorifier la tradition, sait en conserver les valeurs essentielles tout en critiquant certains aspects qu’elle juge avilissants pour la femme. Elle n’idéalise pas le passé mais en montre les points faibles affectant particulièrement les femmes. L’ esthétique de l’impudeur envisagée à travers l’image de la femme entre tradition et modernité dans les œuvres de Dewé Gorodé montre que ce qui coexiste, ce sont diverses façons de vivre la modernité et l’explosion du monde traditionnel. Dewé Gorodé ne stigmatise ni le comportement des hommes colonisateurs vis-à-vis des femmes ni celui des locaux, mais elle nous offre à lire une vision non manichéenne de la représentation de la femme. Dans ce débat, c’est moins la modernité et la tradition qui s’opposent que deux manières d’entrer dans la modernité : l’une, volontaire et pensée, et l’autre, pulsionnelle et irréfléchie. La première est pensée par l’héroïne en termes de choix et de chemin. Celui-ci suppose la conscience d’une origine et d’un but. Autrement dit, ce choix permet de maintenir une identité. L’autre entrée dans le monde moderne est illustrée par le parcours de figures féminines que nous pourrions qualifier de contre exemples. Ces femmes incarnent les phénomènes de l’aliénation, les différentes manifestations du délitement d’une société là où les précédentes incarnaient, au-delà de la rupture avec certaines règles coutumières, la permanence de la vie et l’espoir. Ce sont les personnages qui éprouvent une certaine nostalgie pour leur tradition et leur coutume. Leurs souvenirs se teintent de mélancolie comme si la réalité moderne les avait capturés et éloignés d’une réalité confortable Face à cela, l’entrée dans la modernité, la découverte de la ville et de ses déboires peut apparaître comme violente. De ce fait, les personnages féminins de L’Épave , le premier roman de Dewé Gorodé, assistent à cette effervescence urbaine qui semble, tel un tourbillon, emmener les personnages vers leur chute :

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