AGAPES FRANCOPHONES 2012
192 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Le mouvement incessant des passants, leur va-et-vient permanent dans les rues et les squares, emmène tout un chacun vers un parcours établi au gré de ses allées et venues à la recherche de l’occasion rêvée. L’étroitesse de la ville se noie dans cette ambiance festive qui invite à bouger, à tourner et virer […]. Pour ceux qui ont encore du mal à suivre ou qui n’arrivent point à faire l’impasse sur tout, même pour quelques heures, il y a toujours assez de bons copains pour les saouler ou les camer. (13) Par le choix du vocabulaire, par le rythme de la phrase, la ville apparaît comme un mouvement incessant dont les personnages doivent suivre le rythme ou s’échouer telles des épaves dans les déboires de l’alcool ou de la drogue. Quand le passage de la tribu à la ville est vécu brusquement, les personnages féminins se heurtent aux dures réalités des débauches urbaines. Comme si de manière soudaine, ils revêtaient un masque, le masque de la modernité qui les empêchait d’être ce qu’ils sont, ce qu’ils ont été : Ils rencontrent des dames aux cheveux défrisés et décolorés, aux cils chargés de rimmel, aux lèvres fardées et aux pommettes poudrées, se déhanchant, qui en short qui en jeans sur bottines, escarpins et talons aiguilles. ( L’Épave 18) Bien que cette description de la ville puisse sembler stéréotypée, il n’y a pas de dichotomie stricte : la tribu n’apparaît pas toujours comme réconfortante. Ainsi Dewé Gorodé s’insurge-t-elle devant la tradition qui tout comme la modernité a ses abus. Ses œuvres se veulent à la fois résistantes à la modernité et à la tradition. Articuler émancipation et maintien d’une identité culturelle spécifique reste difficile, d’autant que la question du statut de la femme est devenue un argument idéologique qui revient à imposer les sociétés occidentales modernes comme des modèles d’humanisme, de justice et de démocratie. Les femmes kanak doivent se situer face à de nombreux discours qui cachent bien souvent un enjeu idéologique. Comme l’a exprimé Dewé Gorodé dans un de ses poèmes, elles seules peuvent parvenir à définir leur statut et leur identité : Hier avant leur arrivée Dans notre histoire Aux racines récitées Aux origines mémorisées Qui tu fus exactement Que fut ta place Dans le monde de notre peuple Il t’appartient ô ma mère Il te revient ô ma sœur D’essayer de le chercher
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=