AGAPES FRANCOPHONES 2012

194 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 instrument de plaisir. Et c’est contre cette image que s’insurge Dewé Gorodé : Passé présent de pleurs sueur sang Pour celui d’entre nous qui regarde droit dans les yeux Pour celle d’entre nous qui refuse d’être L’animal de plaisir du blanc Et accouchera son enfant dans la brousse ( Sous les cendres des conques 40) En usant de la métaphore animal de plaisir , Dewé Gorodé vient souligner l’image que les Occidentaux avaient de la femme kanak : femme réduite au plus bas statut, femme qui n’est plus humaine mais considérée comme objet sexuel pour assouvir les pulsions des hommes. La nouvelle « Utê Mûrûnû » parle également de ce phénomène. C’est le récit d’une jeune Kanak qui a une liaison avec un fils de colon, mais ce dernier l’abandonne alors qu’elle attend un enfant de lui pour épouser une Blanche du même rang social. Sa grand-mère la venge en tuant le colon lors de ses fiançailles. Ce comportement des Blancs envers les femmes kanak était chose répandue comme en témoignent les mises en garde du personnage du cousin : Vous perdez votre temps à courir après les jeunes Blancs. Ils ne fréquentent les femmes noires que la durée de leur plaisir. Quand ils vous emmènent chez eux, c’est juste pour vous abandonner dans la basse-cour avec leurs poules, leurs chiens et leurs cochons. Une fois qu’ils se sont bien servis de vous, ils vous rejettent comme de vieux torchons. Quand ils sont entre eux au grand jour, ils vous regardent comme si vous aviez toutes les maladies de la terre, même s’ils viennent de passer toute la nuit précédente avec vous. (17) Les mises en garde dénoncent à travers des images fortes l’impossibilité de la femme kanak à se faire accepter dans le monde des Blancs. La dénonciation de la femme océanienne peut être associée aux nombreux textes traitant de l’aliénation des femmes cherchant à ressembler aux femmes occidentales et à fréquenter les hommes blancs pour leur plus grand malheur. Dans une étude sur les idylles polynésiennes, Sonia Fessel (1996, 37) démontre que même en imitant les femmes occidentales, les femmes polynésiennes ne changent pas de statut. Symbole de l’exotisme, la femme polynésienne est rejetée lorsqu’elle est sauvage ; elle n’est pas acceptée non plus lorsqu’elle adopte la modernité. Le poème « Fille perdue » de Dewé Gorodé illustre également ce phénomène d’aliénation de la femme kanak : Tu sors de ce bar Les yeux déchirés devant ton âme en miettes Tu n’es plus toi au fond de la case Endormie sur la natte tressée de tes doigts

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