AGAPES FRANCOPHONES 2012

18 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Je fus reconnue «bonne à servir» par mes maîtres, passai d’amateur toléré à élève sérieux, louai un petit flat , regardais déjà vers l’étonnant avenir… quand, aux premières vacances, Maman que j’étais allée revoir fondit en pleurs et fit tant qu’elle m’empêcha de repartir. Parfois, j’ai daté tous mes malheurs de ce retour en France qui me rendit aux routes de tout le monde. (199) 3 Elle ne retournera plus à l’université et cette capitulation devant un important défi intellectuel demeure dans son esprit un échec amer dans son essai d’accéder à la vie intellectuelle de la plus haute tenue. En dépit de cette interruption des études à Oxford, Catherine Pozzi continue son travail solitaire pendant toute sa vie, entreprend des lectures approfondies à la bibliothèque et à côté de sa riche correspondance et de ses nombreuses pages de journal, elle rédige un essai philosophique, Peau d’âme , publié un an après sa mort. En vrai autodidacte, elle prend des notes élaborées sur la philosophie hindoue et bouddhiste, avec l’intention d’écrire sur ces sujets, et elle étudie la nouvelle psychologie allemande et le rapport corps-esprit, tel que nous le voyons dans sa nouvelle autobiographique Agnès (Joseph 1988, 52). Parler de soi à qui? Beaucoup d’études tournent autour de la question de la présence ou absence du destinataire de ses écrits personnels. Nous commençons par croire qu’au début un premier lecteur était un ami idéal (et idéalisé), André Fernet, le seul digne de lire une partie (car elle lui envoie des extraits, de façon extrêmement sélective) de la vie cachée de la jeune femme. Malgré le fait que son lecteur parfait meurt à la guerre en juin 1916 pendant un duel aérien, l’absence d’«interlocuteur» ne signifie pas que l’écrivaine abandonne son journal. Une grande partie de ses cahiers sera destinée à ce qu’elle considère le plus grand échec de sa vie amoureuse et sociale, son mariage qu’elle fera avec Édouard Bourdet, dramaturge connu et ami de famille. J’avais “un bon mari” suivant la monnaie extérieure, au cours des maris sur le marché probablement, et qui m’aimait, avec une profonde, invisible, insondable indifférence de mon être vrai, - peut-être n’est ce pas exagéré de dire –, de mon être tel qu’il fut, en tant qu’être séparé, inutilisé par lui. (28) Dotée d’une forte personnalité et convaincue de ses qualités intellectuelles, l’auteure ne peut ni se soumettre aux règles du mariage, ni à un mari qui, malgré l’approbation générale de la société pour laquelle il est 3 Sauf indication contraire, les citations de Catherine Pozzi sont extraites du Journal 1913- 1934 (Éditions Phébus, 2005).

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