AGAPES FRANCOPHONES 2012
202 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 protagonistes qui ne se succèdent qu’au niveau de l’écriture/de la lecture. Dans la « réalité » du roman, elles paraissent rarement consécutives, se manifestant plutôt dans une „simultanéité”, rappelant le métier à tisser, où les fils de chaîne s’entrecoupent avec les fils de la trame. Vintil ă Horia « joue » sur la mémoire des mots se rapportant aux sens évoqués, pour créer des liens, d’un côté, à l’intérieur de chaque histoire et, de l’autre côté, en misant sur la force des symboles, voguant entre les trois spatio- temporalités, en quête de l’Unité. Les fenêtres des trois âges sont ouvertes sur les trois histoires, par les «voix» des protagonistes, qui en déroulent le parcours. À l’époque de la Reconquista, Blanca est une aubergiste sauvée par Manuel, chevalier devenu, suite à une «amère stupidité», marchand de cadavres, qu’il vend pour la dissection à la faculté de médecine de Salamanca, où il avait été étudiant ; pendant le XX e siècle, Blanca, nonne devenue infirmière, soigne Manuel, médecin psychiatre feignant la folie, pour s’échapper à la guerre civile qui dévastait l’Espagne et, avant le Jugement Dernier, les deux, habitants des Demeures Sidérales, sont exilés sur la Terre. Trois histoires, qui commencent et se conçoivent (dans tous les sens du mot) sous le double signe du Feu : Feu-Brasier , dévastateur, Feu- Amour , régénérateur, lustral. Trois histoires, qui vont transformer Blanca en guide, vouée ( sic! ) à retrouver le chemin du Salut pour elle-même et pour Manuel, à travers une errance hérissée d’écueils qu’ils anéantiront grâce à des «cailloux» parsemés inconsciemment, mais «reconnus» comme indices par une mémoire involontaire , dont l’auteur se prévaut pour soutenir la cohésion, l’unité de son roman. Blanca sera le chemin vers la plénitude et la lumière , vers l’ oubli , la purification , la rédemption . (Pasat 2011) La construction du sens/de la signification, dans ce roman, est réalisée surtout à travers la mémoire des mots , qui se révèle pertinente pour la cohésion du récit, la mémoire des mots qui s’agencent à l’intérieur de toute communication, pour aboutir à la mise-ensemble génératrice de sens/signification. Ayant à sa portée plusieurs mots qui renvoient à la même notion, l’écrivain les soumet à un rigoureux processus de sélection, pour jeter son dévolu sur un seul, de tous ceux qui le séduisent : celui qui pourra - s’en flatte-t-il – envisager, de la manière la plus exacte et nuancée, les tréfonds intimes de sa pensée et de sa sensibilité. On pourrait dire que la relation instaurée entre l’écrivain et le mot (le matériau linguistique) est plutôt dramatique : choisir signifie, implicitement, renoncer , au risque de voir les mots « sacrifiés » ... se venger, affirme G. I. Toh ă neanu (1976, 11). Mais Une femme pour l’Apocalypse est un défi né tout d’abord des tréfonds symboliques, ce qui favorise une lecture qui franchit l’ être-là des mots, pour se laisser emporter par le devenir des symboles.
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