AGAPES FRANCOPHONES 2012
204 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 feu. Présent dans tous les rites du calendrier agraire, le cheval est associé à la fertilité et à la fécondité. Mais, tel le cheval fabuleux des contes de fées roumains, il est souvent le seul vrai ami, le seul guide et conseiller de son cavalier. Tout en comportant les attributs évoqués ci-dessus, chez Vintil ă Horia, le cheval est surtout le symbole de la rencontre, du rythme du déplacement dans l’espace mais aussi du rythme de l’histoire d’amour, de l’impulsion vitale (le cheval noir de Manuel, mais aussi le « cheval blanc, ailé » du rêve de Manuel, interprété également comme une métaphore du concept Amour-Énergie de P. Teilhard de Chardin). Le cadre où il fait sa première apparition le lie à un autre symbole qui reviendra dans la trame des trois histoires entrelacées : le feu , élément fondamental de tous les systèmes cosmogoniques et des philosophies naturistes (Evseev 2001, 70), qui sera présent sous toutes ses formes, retrouvées dans un champ sémasiologique évocateur (brasier, incendie, flamme, étincelle, braise, fumée, chandelle, bougie, brûler, chauffer…) accompagné de connotations négatives ou positives. Le roman débute par une citation tirée de P. Teilhard de Chardin : « Je ne connais qu’une prudence … celle de brûler d’un feu plus fort », pour continuer sous le signe du pouvoir dévastateur du feu, dans un plan descendant, en déplacement horizontal des cendres, vers une Entropie soulignée à chaque fois que l’habitat humain est détruit. Une flamme nouvelle jaillit sur ce toit. Un mur s’écroule, des poutres s’écrasent et s’envolent en échauffourées d’étincelles. La fumée couvre le village, l’engouffre, l’éloigne [...] (11) Puis c’est la course éperdue [...] les arrêts entre les flammes mordantes [...]. (12) Des flammes tout à coup jaillissent du toit, qui est encore loin, mais assez près pour que l’odeur de la fumée et les cris arrivent jusqu’à moi. Je suis seule à cheval, je crie : Manuel ! Des gens s’affolent [...] tandis que notre moulin brûle [...]. Je descends [...] et je vois les flammes garnir les toits comme des collerettes vivantes [...]. (81) La présence du cheval, dès les premières lignes du roman, impose l’image qui inclura l’homme – même quand il est absent – induisant l’expression de la force, de la vitalité. Tout au début du roman, Blanca, poursuivie d’un Maure qui lève son cimeterre pour la tuer, est sauvée par le sabre de Manuel qui apparaît sur son cheval noir, au milieu de la bataille : Elle se retourne et le cheval noir , brusquement dressé contre elle, lui fait peur. Mais le chevalier rit et lui tend la main gauche. Puis c’est la course éperdue parmi les fuyards, les poursuivants, les ennemis et ceux de sa langue, et puis le trot , le galop , les arrêts entre les flammes mordantes, les
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