AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 205 bras, les épées, les sauts difficiles , l’odeur du sang et de la fumée, la chair brûlée ou hurlante, les cailloux frappés par les sabots ferrés . (12) Le lecteur devra y repérer des clés qui lui serviront à saisir le signifié symbolique du roman, ancré aussi bien dans la tradition culturelle (le cheval – symbole de virilité et/ou auxiliaire magique) que dans la littérature consacrée au symbole (le cheval – symbole de l’impulsion vitale, cf. Jung 1964). Monica Nedelcu (1989, 358), évoquant l’étude de Roman Jakobson Linguistique et poétique , rappelle les poèmes d’amour, où le cheval devient le symbole de la virilité de son maître , dans un être-ensemble, une co- présence de l’animal et de l’homme. Elle invoque ainsi le folklore roumain qui institue le cheval en tant qu’ inséparable compagnon , une sorte de « prolongation de l’homme », non seulement dans la lyrique amoureuse mais aussi dans les ballades épiques des « haïdouks ». L’image du cheval noir, chez Vintil ă Horia (v. supra ), qui précède l’apparition de Manuel, suggère la connotation érotique de la rencontre homme-femme. Le récit de la suite des événements (« la course éperdue parmi les fuyards, les poursuivants, les ennemis et ceux de sa langue, et puis le trot , le galop , les arrêts entre les flammes mordantes », 12) marquera la cadence du déplacement spatial, qui s’ensuivra en même temps que le rythme de l’histoire d’amour initiée dans ces premières lignes. Le moment de la rencontre instaure le cheval comme partie entière de cet être-ensemble de Blanca et Manuel, témoin inouï, participant à l’union qui prend contour, complice de la mise en œuvre qui se relaie aux niveaux des trois spatio-temporalités même si, au début, l’animal ne comprend pas tout à fait les gestes humains qu’il « nourrit », néanmoins, d’instinct, retrouvant dans sa mémoire les contextes familiers, tels les champs de bataille. Tu m’attendras derrière, avec mon cheval , tu prendras garde à ne pas te faire remarquer. Je viendrai te chercher et nous passerons la nuit ici. Veux-tu ? Je veux. Le cheval nous attendait devant la porte, sage comme un démon. [...] Nos mains se connaissent un peu, elles ont l’air de vouloir s’entre- dévorer , tellement nous aimons ce début d’entente et nous nous embrassons dans les ténèbres, nous arrêtant en chemin, le cheval pointant son museau dans le dos de l’un ou de l’autre, s’ébrouant d’incompré- hension devant nos silhouettes qui se font face, comme dans un combat , puis s’attrapent par la bouche, sans jamais arriver à s’avaler l’une l’autre. S’il nous voyait au lit, il comprendrait peut-être. (26) Vintil ă Horia esquisse déjà un attribut que l’Église assigne au cheval – celui de volupté – (il hennit à la vue d’une femme) mais dans une symbolique psychologique pour laquelle le cheval est un être noble et
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