AGAPES FRANCOPHONES 2012

206 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 intelligent , attribut sur lequel l’auteur reviendra, au fil de l’histoire, en détaillant, et sur lequel cette analyse s’attardera dans les pages ci-dessous. Les instants de trêve sont veillés par le compagnon fidèle, qui se dévoue à son maître, lui porte secours, le soutient, sous le signe de cette reconnaissance, de cette gratitude réciproque, nourricière au-delà de tout, à la faveur des moulins et des étables de fortune : [...] je suis de nouveau dans la nuit froide et sans étoiles et je donne à boire au cheval , derrière le moulin, où il a aussi une crèche abritée sous un toit incliné et du foin . Puis je rentre au moulin – le feu crépite et il fait déjà chaud autour de Blanca, qui me sourit, tandis qu’elle coupe du pain avec un couteau neuf, étincelant à la lumière des flammes - je cherche dans les sacs rangés autour des parois, je plonge la main dans les grains poussiéreux et quand je palpe du piquant et du moins froid que le blé je sais que c’est de l’avoine, je la fais couler dans une bassine et je la porte à la crèche. Le cheval me remercie en ronronnant de plaisir comme un chat. (31) Ces gestes, qui semblent inscrits dans un quotidien anodin, acquièrent, sous la plume de Vintil ă Horia, l’emblème d’une quiétude qui ouvre la voie vers le havre de paix, trêve éphémère, auquel aspirent Blanca et Manuel, en quête de rédemption. Le hasard a réuni les protagonistes en plein combat, au milieu du chaos où la mort menaçait à chaque pas et, une fois le danger éloigné, ce refuge fortuit qu’est le moulin déserté de Sébastien, leur permet de retrouver les gestes simples de la vie quotidienne (se laver du sang, de la suie et de la boue, préparer a manger, donner à manger au cheval), autour d’un feu qui n’est plus dévastateur, mais qui dégage une chaleur autrement envoûtante, qui concourra à la découverte, à la reconnaissance l’un de l’autre, dans une autre épreuve, celle de l’amour naissant sous la lumière de la flamme qui éclaire, qui réchauffe, la flamme ascendante, en déplacement vertical, hypostases du feu-Lumière, feu-Amour se retrouvant dans la sphère du voyage initiatique dont cet amour sera pièce maîtresse, renfermant aussi des références à une « alchimie vivante » où le feu est à la fois phénomène physique et métaphysique. L’ amour-passion , ancré dans l’espace physique du moulin, des oliviers qui bordent la rivière (Amarguillo), de l’Escurial, naît dans un monde où la haine, la mort, le mensonge semblent avoir englouti tout espoir et se révèle comme sensation de plénitude et de rénovation , seule permanence envisageable, qui projette ses protagonistes sur l’axe vertical de l’ éternité , se transformant en amour-survie . Son corps me regarde de ses milliers d’yeux et il n’en revient pas de son émerveillement. Je suis belle, n’est-ce pas ? [...] Puis-je lui refuser quoi que ce soit ? Il est peut-être celui que j’attendais s’il y en a un qui me soit réservé. Il a faim et froid. Je suis de nouveau dans sa poitrine. Nous montons un escalier. Nous nous trouvons juste au-dessus de la bougie, qui

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