AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 207 continue à nous éclairer par les interstices du plancher. Le moulin craque sous notre poids [...] et nous nageons en plein silence, dépourvus d’ouïe et de regard, dans une nuit sans lune et sans étoile, notre nuit faite de nous deux et de notre avide désir de changer de nom et de nous appeler Un . (24) Nous sommes devenus le tout, nous serons le Un au bout de la course, au seuil de cette lumière de plus en plus proche, qui finira par nous redonner la connaissance de l’unité absolue . (51) Manuel reconnaît ce moment de « calme absolu » mais il comprend aussi que, pour ne pas le manquer, pour arriver à l’accomplissement, ils devront continuer la course , aidés par leur cheval , qui saura les avertir des écueils parsemés en chemin et jalonner leur parcours. Le cheval s’arrête tout à coup et vibre légèrement entre mes cuisses. J’ écoute . Blanca a éloigné de moi son visage et entend sûrement l’avancement des sabots, des dizaines, des centaines, au-delà du ruisseau. Nous sommes juste à côté d’un vieil olivier géant, enroulé sur son creux comme un moulin à vent sur sa pierre. (64) C’est un des moments-clés où, pour protéger le peu de savoir gagné/reçu, ils devront se séparer, Blanca se cachant dans le creux de l’olivier, Manuel se relançant dans le combat qui l’arrachera à leur être- ensemble , l’enlèvera, malgré lui, les condamnant ainsi à la séparation, pendant cinq longues années. “Descends doucement et cache-toi dans ce creux. Quand ils seront loin d’ici, à ma poursuite, sauve-toi et va donner l’alarme au village. Ce sont les Maures. Ils reviennent à l’attaque. Fais prévenir les gens du château. Vas-y toi-même. Je passerai plus tard te rejoindre.” Je n’ai pas le temps de lui dire un mot. Je me glisse dans le creux et il s’éloigne au galop . Des burnous blancs, des chevaux blancs, apparaissent, disparaissent presque sans faire de bruit, tandis que le cheval noir, ou plutôt le bruit de sa course, s’engouffre dans sa propre fuite [...]. Reviendra-t-il jamais ? (64-65) Et ce sera toujours le bruit des sabots qui effacera les peurs, qui avertira Blanca, cinq ans plus tard, dans la tourmente d’un autre brasier, du retour de Manuel, de ce qu’une nouvelle étape de leur vie allait se décider. Elle vivra la « chamade » de son coeur à la cadence de l’avancement du cheval. Un cheval avance parmi les oliviers, juste derrière moi, un cheval fatigué , un fuyard exténué [...]. Je ne retourne pas la tête. [...] Le cheval s’approche. Il s’arrête, car je n’entends plus ses pas. Celui qui le monte m’a vue , j’en suis sûre, il est peut-être en train de dégainer ou de placer sa dernière flèche à la corde de son arc fatigué, désormais inutile, juste bon pour achever une femme. Le cheval, légèrement éperonné, avance de
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