AGAPES FRANCOPHONES 2012
208 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 nouveau . Trop près déjà pour la flèche, ce seront l’épée ou le poignard, le coup qui ne faillira pas. Je tends mon cou , pour indiquer l’endroit propice et j’attends . Le cheval s’est arrêté de nouveau . [...] L’homme a sauté à terre, j’entends ses pas et le cliquetis de ses éperons [...]. Je tremble , non pas de peur, mais de froid et d’impatience. Mon attente est finie. [...] Les pas de l’homme et du cheval se sont arrêtés [...]. Il a peut-être levé le bras. Le coup est suave et j’ai tressailli de tout mon corps . Je comprends et je me retourne. Et je saute sur sa poitrine [...] et je pleure comme il pleurait, il y a cinq ans, dans le creux de mon épaule. (84-85) Ces retrouvailles ne signifient pourtant pas la fin des cauchemars (rêvés ou réels, dans les trois temporalités), le voyage est loin de son terme et les protagonistes reprennent le chemin (« Nous avançons au gré de nos montures », 103), sous le signe de la certitude que seuls la foi et l’amour qui les unit pourront les sauver. La nuit ténébreuse de leur première rencontre, en pleine guerre avec les Maures, est déjà loin, la nuit obscure, où se tissent leurs rêves, la nuit complice de leur inouï rituel alchimique fondent à l’aube et quand l’éveil à la réalité s’accomplit sous la lumière crue du jour, une ombre d’hésitation semble demeurer ou se glisser entre Blanca et Manuel. “Lève-toi, nous devons partir. Je te raconterai chemin faisant.” Il me regarde comme si je n’étais pas en chair et en os, sculptée dans l’attente, et j’ai honte de ce que je pense . Que se passe-t-il entre nous deux ? Pourquoi ne se jette-t-il pas sur moi ? Son visage, cinq ans après, une nuit après, semble dessiné avec des ombres de fatigue , mais aussi de désir, il a l’air d’hésiter , il voudrait s’approcher, tout en sachant ce que cela veut dire pour les deux et le jour se lève sur la fenêtre et, vraisemblablement, l’amour craint la lumière et, en plus, nous devons partir. (101) Mais au moment où leurs montures « frappent de leurs sabots les grosses planches du pont-levis » (102), leurs « yeux se rencontrent et n’osent plus se séparer » ( Ibid. ), dans cette intelligence qui convertit l’amour, en traversant la passion (cf. étym. « souffrance »), les épreuves de purification, en voie de rédemption, en voie de Salut . Cette femme m’a été destinée , il n’y a pas de doute, elle me doit la vie et je lui dois la mienne . Avec un peu d’effort, je pourrais disparaître au fond de ses yeux, nous happer l’un l’autre [...]. Nous l’avons essayé une fois. Nous l’essayerons de nouveau. Nous descendons le chemin pierreux, au pas soigné de mon cheval et de sa mule. [...] J’ai la certitude que ce fut l’amour qu’elle avait fait naître en moi qui me donna cette force [...] de supporter son absence. [...] Nous avançons au gré de nos montures [...]. Mon cheval commence à trotter et la mule se fait aussitôt à ce nouveau rythme . (103-104) [...] Nous chevauchons dans le soleil. Nous nous racontons . (107)
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