AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 209 [...] Tu comprends ? Elle doit comprendre, car elle m’aime et nous sommes faits de la même impatience et du même désir de nous dépasser . (109) Manuel, qui avait perdu la foi, comprend que c’est la rencontre de Blanca et de tout ce qui s’ensuivit, de l’amour né entre eux qui le sauvera. [...] Cette femme est surprenante. Elle connaît par prémonition . Elle se réveilla au milieu de l’amour comme au milieu d’une gnose . C’est après l’avoir rencontrée que tout a changé. Le père Xavier ne fut qu’un définisseur. Il me dit : Mais tu as la foi , mon fils, et tu ne le sais pas. Et c’était vrai. [...] Elle me recréa à l’aide de l’amour . (110) Le déchirement converti en Savoir , à travers la rencontre , la fusion , la « connaissance » l’un de l’autre, qu’ils construisent à travers le rituel amoureux sont révélés aussi par les réponses aux questions essentielles. Pourquoi es-tu venu me chercher après cinq ans ? Elle me regarde, les yeux, comme la voix, légèrement embrumés d’une tristesse de femme, désespérée par la longue attente. Il n’y a qu’une réponse : pourquoi m’as-tu attendu pendant cinq ans ? (110) Le fragment qui insiste sur la présentation du cheval en tant qu’être noble et intelligent (v. supra ) et qui mettra à rude épreuve la sagacité du lecteur, car Vintil ă Horia introduit la « voix » de l’animal suivant la même technique que pour celles des personnages humains, met en exergue la capacité du quadrupède d’aboutir à cette « autre » connaissance , rattachée à l’ initiation , au devenir , à la transformation . La maîtrise de l’écrivain est magistrale, dans le récit des efforts que fait le cheval pour comprendre , car lui-aussi essaie de distinguer entre rêve et réalité. Lui-aussi aboutira à la connaissance , par la souffrance. Un souvenir parle au fond de mon sang et je m’ébroue de plaisir , mettant fin ainsi au long frissonnement de ma peau. Ce n’est pas le goût de l’herbe avare , aussi fade que du foin sec que je coupe et j’arrache de la terre poussiéreuse, ni le parfum de l’avoine qui m’attend à la nuit tombante, au fond des étables inconnues, ni l’odeur sans accent de cette mule indifférente. Est-ce cette jument d’homme, qui me regarde, tandis que mon maître la tue et la dévore ? Je fouette l’air de ma queue sifflante, car les mouches continuent à piquer [...]. (126) Je m’ébroue avec force , une odeur vient de loin réveiller en moi une image imprécise , une espèce de fin de la vie, pleine de douceur, ou un réveil douloureusement agréable, arrivé vraiment ou rêvé , je ne sais plus, situé avant que ce couteau ait emporté un bout sanglant de ma chair . Que se passait-il avant le couteau , que se passait-il avec moi et quelle était la différence ? (127) Vintil ă Horia reprend, dans ce « monologue », la tradition chrétienne qui met le cheval sous la protection des saints, dont Saint
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