AGAPES FRANCOPHONES 2012
210 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Georges, connu comme allégorie de la victoire de la Foi sur le Démon désigné dans l’Apocalypse sous le nom de dragon, mais aussi comme un des principaux héros du « drame de l’éternel retour de la nature », puisque, dans sa course à cheval autour de la terre, il fait verdir l’herbe, il fait bourgeonner la forêt, il ouvre la terre et appelle le printemps (Evseev 2001, 27, la traduction est de moi). Un bruit de tempête vient de loin et tout à coup l’odeur de la pluie envahit mes narines et fait frémir les herbes de la clairière, assoiffées d’eau et de vie jusqu’au fond des racines qui ont déjà reçu la nouvelle et se réjouissent sous la terre, sûres ainsi de ressusciter saines et sauves à l’aube du prochain printemps . (127) On retrouve également, dans ce fragment, les références à l’importance du regard dans le transfert des pensées, le mystère de la connaissance et de l’élévation. Que me veut-elle ? Que se passe-t-il dans son regard ? Pourquoi me regarde-t-elle tandis que mon maître semble tout à fait pris par sa dévoration ? Les hommes s’entre-dévorent et ne meurent pas. Ils sont immortels. On dirait qu’elle a déserté sa tâche et qu’ une ombre lumineuse émanant de son corps a trouvé un autre chemin, au-dessus d’elle et de lui, dans l’air ensoleillé, tel un essaim d’abeilles à forme humaine , ayant tout à fait ses formes et ses traits, essayant en vain de se dégager de ce jeu et de se porter plus haut, vers ce qui nous donne ombre et lumière, vers la source qui existe, que je sens exister et que je n’arrive pas à voir de mes yeux . [...] Une voix sans voix parle au fond de mon sang [...], je lève la tête et je reconnais cette voix dans la forme aérienne de la femme qui veut voler, s’en aller vers en haut [...]. Je tends la tête vers l’autre image, mon image lointaine qui galope dans mon sang et je hennis de toutes mes forces, désespérément désireux de la rejoindre quelque part, là où le sang se confond avec le bruit de la pluie. (129) Cet interlude n’est pas hasardeux : quelques pages plus loin, Manuel s’« identifiera » au cheval qui fait l’effort de comprendre : « Je comprends sans comprendre. J’étais comme un jeune cheval ébloui par le reflet de la lumière sur la surface brillante du monde. » (131) Le passé ténébreux, auquel ils croyaient s’être échappés, surgit tout d’un coup, lorsque les protagonistes, en route vers Córdoba, décident de s’arrêter à une auberge, ignorant qu’elle appartenait à l’ancien meunier de Consuegra. Que le Bon Dieu nous protège. « Comment ne pas te reconnaître ? Tu n’as pas beaucoup changé. Tu es aussi laid que toujours . » Il rit méchamment , comme offensé. [...] Je hais brusquement , violemment, tout ce qui se rattache à mon passé , sauf Blanca, bien entendu. (145)
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