AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 211 Une nouvelle épreuve que Blanca et Manuel devront endurer les remettra en présence d’Eulalio, le troisième personnage du roman (négatif) possédé par le mal, qui les transformera en prisonniers, décidé à se servir de l’étable comme d’un théâtre, où il mettra en scène son terrible scénario d’agression et d’humiliation. Il attaque et immobilise Manuel, le ligotant à un pilier de l’étable, ensuite attire Blanca par une ruse et l’attache aussi à une échelle, envisageant le viol. Son plan diabolique refera entrer en scène le cheval. Quintessence de la haine, des ténèbres, de la laideur odieuse, Eulalio utilise le cheval comme appât, pour piéger Manuel (« Don Manuel, votre cheval se meurt. », 158), tout d’abord, Blanca, ensuite (« Ne vous inquiétez pas. Don Manuel vous prie de descendre. Il a besoin de votre aide. », 159), remarque son regard et s’en sent épié, mais il pense à faire du quadrupède le témoin de ses vilaines actions et à s’emparer, une fois l’horrible acte accompli, de ce « bel exemplaire ». Plus personne dans l’écurie. Sauf les chevaux qui ont eu leur ration. Le dernier, au bout de la crèche, est celui de Manuel . Il tourne la tête , tandis que je passe et me regarde dans les yeux , s’ébrouant avec bruit, d’une façon quelque peu boudeuse ou offensante. Il a une tête humaine, un regard qui voit et qui pense . Il y a comme une inquiétude mêlée d’ironie et de frayeur dans ces yeux noirs et comme un frémissement dans ces oreilles pointues et fines. Un bel exemplaire, qui ne quittera plus cette écurie . Je m’éloigne vers le fond, là où tout va se passer tout à l’heure . Je me sens comme appelé par quelqu’un, je tourne la tête [...]. C’est le cheval qui continue à me regarder , puis, tout à coup, [...] replonge son naseau dans le foin. Drôle de bête ! Tu seras bientôt mon témoin. Le pilier en bois . [...] Peut-être l’échelle . (150-151) Frappé à la tête, Manuel vit entre l’inconscience et la réalité, éveillé par les cris de Blanca, qui se débat, cherchant à éloigner d’elle le « corps noir, le cafard immense » (166) qu’est Eulalio et c’est le hennissement du cheval qui agit comme une sorte de magie, induisant l’effet dissuasif qui mènera au suicide du hideux personnage et au salut des protagonistes, alors qu’ils se croyaient perdus. Et je me souviens. Il m’a frappé à la tête avec une corde épaisse. Il m’a ligoté à ce pilier [...], Blanca à une échelle qui mène au grenier [...]. Il s’agenouille devant elle, [...]. Il se lève de nouveau [...]. Il gémit comme un sanglier blessé, Blanca crie et pleure [...]. Le cafard l’a recouverte de ses ailes noires [...] Puis, tout à coup, mon cheval hennit derrière moi, sauvagement, comme réveillé en sursaut, se tait, hennit de nouveau, d’une voix stridente aiguë et puissante et fait jouer sa chaîne dans l’anneau de la crèche, comme s’il avait pris peur et voulait s’enfuir . [...] (166)
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