AGAPES FRANCOPHONES 2012
212 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Il va nous tuer tous les deux, car il n’a plus de force que pour tuer. C’est tout ce qui reste en lui, sa seule impureté vivante. Je n’ose plus remuer. [...] (167) Le vieux Eulalio a cessé de lutter . L’échelle n’est pas faite pour descendre, mais pour monter. Il n’a pas pu. Tout ce spectacle ne lui a servi à rien. [...] Il se contemple, haletant, comme giflé par une multitude de mains invisibles, humilié jusqu’au fin fond de son orgueil, ses traits se contractent [...] s’élance de mon côté, ne me regarde pas, il est comme sculpté dans une boue ancienne , [...] il attrape le poignard [...] j’entends la voix de Blanca, une voix de victoire et de joie : « Manuel ! », j’ouvre les yeux. Eulalio s’est enfoncé le poignard dans les tripes, jusqu’au fond du coupant [...]. (170) Après la mort d’Eulalio, Vintil ă Horia fait de nouveau venir en avant-scène le cheval doué d’intelligence et de sensibilité, cette fois dans un « dialogue » entre Manuel et son coursier. Alors que le premier fait des efforts surhumains pour scier la corde qui l’attache au pilier, le cheval, lui-même enchaîné, rassure son maître, en lui annonçant l’arrivée d’un chevalier connu de Blanca, du temps où elle était aubergiste à Consuegra, (évocation de Don Quichotte, sur laquelle l’auteur joue dans la temporalité de la Reconquista et de la Guerre Civile). Ses narines avaient frémi à l’odeur de cheval inconnu, de voyageurs, ses oreilles s’étaient dressées, il avait henni, doucement, cette fois-ci. Le « discours » du cheval ne fait que remettre en exergue le lien entre l’homme et sa monture, la force de leur amitié, le soutien réciproque, comme dans les contes de fées. Je recommence à scier la corde, d’un mouvement plus rapide, sur le dos du pilier. Le cheval s’ébroue dans le noir . “Que veux-tu, mon brave ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Ne pourrais-tu pas venir m’aider ?” Je souris en parlant. Mes bras tombent de fatigue. Je lève la tête. Il a compris. Et il parle. “Je suis moi-même attaché [...] au bout d’une chaîne. Je sens l’approche d’un cheval et celui qui le monte est un ami des chevaux et des hommes. Son odeur est bonne à renifler. Dame Blanca le connaît . Aie patience et repose- toi. [...]” (185) Dans la troisième temporalité, le symbole change – Manuel montant un cheval blanc (qu’on peut rapprocher de celui du « Christus Triumphator »), symbole de la victoire (interprété également comme une métaphore du concept Amour-Énergie par P. Teilhard de Chardin) [...] – j’arrive enfin à tout comprendre, Blanca est un ange et ce cheval n’est pas à moi, il n’est que l’instrument de notre ascension vers le but final de nous deux et de tous ceux qui nous ressemblent, une étoile très, très lointaine où ne manquerons pas de jeter l’ancre un jour, où nous nous confondrons avec notre enfance, je veux dire avec ce qui fut au début, et qu’il fait bon y vivre, qu’il fait clair et bon, [...] nous survolons des essaims d’ailes [...] (197)
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