AGAPES FRANCOPHONES 2012

20 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 et sur sa carrière : « P.V. venait, entrait, reparlait de soi. Je n’écoutais pas. Je luttais de toutes mes forces si faibles, pour respirer. Il reparlait de l’Académie» (359). L’intérêt accru que Valéry voue à l’Académie, dont il devient membre comme il le voulait, nuit davantage à leur amitié déjà fragile. Finalement, la jalousie artistique, liée à la nouvelle Agnès , donne le coup de grâce à leur histoire d’amour. Toujours hésitante quant à la publication en général, elle prend la décision de faire paraître sa nouvelle Agnès , le seul ouvrage (à l’exception de quelques articles et un poème) qu’elle fasse publier pendant sa vie, à cause de – ou peut-être grâce à – Paul Valéry : J’ai terminé Agnès ce printemps de l’an passé, ayant retrouvé l’amour. Agnès datait de 1922. J’ai décidé brusquement de la publier, pour avoir lu, sur un cahier de Valéry, une version “arrangée” de mon travail qu’il allait publier un jour, comme je vis imprimées dans Eurêka , des pages de mes pages, ou Rhumbs , des passages. V. pensait qu’ Agnès parue, il pourrait sans me peiner (car il savait chaque fois me peiner en refaisant pour l’impression les choses que je faisais par exercice ou par essai) publier son journal de la même moi. Publier Agnès et me déblayer... (395) L’influence négative et positive de son amant est essentielle : négative, puisque Catherine Pozzi se sent menacée par un « vol » littéraire éventuel, et positive, parce que cette possible appropriation de son travail par un poète d’une telle réputation lui confirme son talent à elle et renforce sa faible confiance dans ses qualités d’écrivaine. Agnès continue à augmenter la tension dans leur rapport amical et amoureux. Bien que ce soit Paul Valéry qui envoie à Jean Paulhan la nouvelle pour qu’elle soit publiée dans la Nouvelle Revue Française , une potentielle célébrité de son auteure l’agace : « P. Valéry arrête la presse, écrit à Lefèvre qui demande une interview de l’auteur, une lettre grossière…Il a bien voulu qu’ Agnès parût, non qu’elle fît du bruit.» (395) Après cette expérience, Catherine Pozzi constate que, malgré les affinités intellectuelles qui ont favorisé leur amitié, elle ne pourra pas vraiment écrire, ni exercer son petit talent à l’ombre du grand talent connu et confirmé de Valéry : Les salles de rédaction cherchent le nom de C.K. 4 On découvre que P.V. le sait. On voit qu’il veut le taire. On remarque qu’il ne dit jamais aucun bien de cette œuvre dont il connaît l’auteur: modestie …Lui. Et d’ailleurs, quelle que soit l’œuvre que je publie, ce sera toujours lui, puisque l’on croit que nous “travaillons ensemble” et que l’on n’attribue pas, en général, à l’influence de la lune, l’éclat du soleil. (396-397) 4 C.K., le pseudonyme qui signifie Catherine - Karin, deux versions du même prénom.

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