AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 219 Dès le XVI e siècle, un grand nombre de publications françaises se faisaient l’écho de la grandeur et de la légende des exploits de ce héros albanais. En 1576, Jacques de Lavardin, fait paraître L’histoire de Georges de Castriot surnommé Scanderbeg roi de l’Albanie . Il est vrai que Lavardin n’a pas vécu à l’époque où Scanderbeg s’est illustré par sa bravoure, mais, partant de l’œuvre de Marin Barleti 1 , ce premier chroniqueur de la vie du héros, il est le premier écrivain français qui ait écrit une biographie complète, qui, comme on verra, va devenir une source d’inspiration pour l’avenir. Les poètes et les prosateurs qui ont repris le personnage de Scanderbeg en s’inspirant de Lavardin sont très nombreux, mais nous n’en citerons que quelques-uns : Ronsard, Agrippa d’Aubigné, Montaigne, tous les trois ayant traduit par des sonnets ou autres ouvrages l’attirance exercée sur eux par ce héros. Dans l’œuvre de Ronsard on retrouve certains poèmes de circonstance que l’auteur dédiait aux différentes personnalités de l’époque. Un de ces poèmes est le sonnet sur Scanderbeg, que Ronsard écrivit à l’occasion de la publication de L’histoire de Scanderbeg , de Jacques de Lavardin, à qui il dédia ces vers 2 . Grand admirateur de la culture antique, comme presque tous les autres poètes de la Pléiade, Ronsard place Scanderbeg dans la lignée des héros de la mythologie et l’histoire antique, Achille et Pyrrhus. Dans le sonnet de Ronsard, l’Albanie est identifiée à l’Epire. Pour l’auteur, l’Epire est connue non seulement grâce à ses chevaux, qui occupaient toujours les premières places dans les courses des jeux olympiques, mais aussi grâce à ses guerriers qui se disaient de vrais descendants du courageux Achille : « L’Epire seulement n’est en chevaux fertille/Bons à ravir le prix au cours Olympien/Mais en hommes guerriers, dont le sang ancien/Se vante d’estre yssu du valereux Achille […] » (Ronsard 1960, 425). Ainsi, pour affirmer ce caractère vaillant de l’Albanais, Ronsard ne rechigne pas à nous rappeler le roi d’Epire, Pyrrhus, connu pour ses batailles contre l’Empire Romain et sa mort à Argos : « Pyrrhe m’en est témoin, qui, razant mainte ville/ Eut en fin pour tombeau le vieil mur Argien/ Et Scanderbeg, haineux du peuple Scythien/ Qui de toute l’Asie a chassé l’évangile […]. » (425) 1 Marinus Barletius, Historia de vita et gestis Scanderbegi, Epirotarum principis, Romae , 1508, (date approximative généralement admise), selon Alexandre Zotos dans son étude De Scanderbeg à Ismaïl Kadaré: propos d’histoire et de littérature albanaises, Saint- Etienne : Publications de l‘Université de Saint-Étienne, 1997, p. 14. 2 Dans l’œuvre de Lavardin, on retrouve deux autres poèmes de circonstance sur Scanderbeg, d’Amadis Jamyn et Florest Chrestien, sur lesquelles on ne s’attardera pas.

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