AGAPES FRANCOPHONES 2012
220 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 En présentant Scanderbeg comme un digne descendant d’Achille et Pyrrhus, Ronsard met en valeur les qualités indéniables de cette personnalité historique d’une époque proche : Lavardin écrivit son Histoire de Scanderbeg en 1576, soit plus d’un siècle après la mort du héros en 1468. Pour l’auteur il a mérité toute la reconnaissance pour avoir lutté contre l’Empire Ottoman et pour avoir réussi à repousser cette puissance : « Ô l’honneur de ton siècle ! Ô fatal Albanais/ Dont la main a défait les Turcs vingt et deux fois/ La terreur de leur camp, l’effroi de leurs murailles […].» (425) Puisqu’il s’agit d’une poésie de circonstance, Ronsard dédie la dernière strophe à l’auteur de cette œuvre. Il estime que Lavardin mérite toute la reconnaissance pour avoir sorti du puits de l’oubli ce colosse de l’histoire : « Tu fusses mort pourtant, englouti du destin/ Si le docte labeur du scavant Lavardin/ N’eût, en forçant ta mort, regaigné tes batailles. » (425) Or, il est évident que l’affirmation de Ronsard est inexacte, car l’ Histoire de Lavardin n’est qu’une adaptation de l’œuvre de Marin Barleti. Pourtant, il faut souligner que cette affirmation peut être considérée comme vraie, si l’on considère que, l’œuvre de Lavardin, est la première qui ait introduit et popularisé l’image de Scanderbeg en France. Un des meilleurs poètes politiques de l’époque, Agrippa d’Aubigné, a chanté lui aussi, dans son célèbre Tragiques (1616), les prouesses de Scanderbeg, dont la fidélité à la foi était digne de servir d’exemple aux protestants français, en cette époque où la France était ensanglantée par les guerres de religion. Composé de 9000 mille vers et divisé en sept livres, ce poème est l’épopée de la France ensanglantée, dans laquelle, l’auteur, avec véhémence satirique, attaque ses adversaires, les catholiques, sans épargner les renégats de sa religion, ces protestants qui pour différentes raison avaient trahi leurs idéaux. Dans le dernier livre, intitulé « Jugement », d’Aubigné fait l’éloge de la vaillance et de la noblesse du héros albanais. Aux traîtres de la cause protestante, le poète rappelle l’exemple de Scanderbeg qui resta fidèle à son peuple et sa religion, même s’il fut pris en otage par les Ottomans dès son jeune âge et fut éduqué par eux. Les vers 187-200 du livre VII sont un bref résumé de l’histoire du héros albanais, dont la renommée retentit partout en Europe, grâce à ses batailles contre l’Empire Ottoman : Ainsy de Scanderbeg Pensance fut ravie Soubs de tels précepteurs, sa nature asservie En un serrail coquin; de délices friand, II huma pour son laict la grandeur d’Orient; Par la voix des muphtis on emplit ses oreilles Des faicts de Mahomet et miracles des vieilles;
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