AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 221 Mais le bon sens vainquit l’illusion des sens, Luy faisant mespriser tant d’arborez croissans (Les armes qui faisoient courber toute la terre), Pour au grand empereur oser faire la guerre Par un petit troupeau ruiné et mal en poinct; Se fit le chef de ceux qu’il ne connoissoit point. De là tant de combats, tant de faicts, tant de gloire, Que chacun les peut lire, et nul ne les peut croire (D’Aubigné 1995, 655-656) Tenant compte du fait que la plus grande partie du poème a été écrite entre 1577-1580 3 , on peut supposer qu’il aurait pu lire la première édition, de l’œuvre de Lavardin, en 1576. Les vers dédiés à Scanderbeg montrent le grand intérêt que suscite ce personnage à la fin du XVI e siècle. Ils attestent qu’il ne s’agit pas seulement d’un intérêt occasionnel, comme on pourrait le penser en lisant les sonnets de Ronsard et Chrestien et l’ode de Jamyn, mais aussi d’une permanente préoccupation des écrivains français, pour l’épopée albanaise de la fin du XV e siècle. Dans les premières pages de ses Essais (1580), dans le chapitre « Par divers moyens on arrive à pareille fin », Montaigne illustre le caractère de Scanderbeg : Suivant un soldat des siens pour le tuer, et ce soldat ayant essayé par toute espèce d’humilité et de supplication de l’apaiser, se résolut à toute extrémité de l’attendre l’épée au poing. Cette sienne résolution arrêta au bout la furie son maître, qui pour lui avoir vu prendre si honorable parti, le reçut en grâce. Cet exemple pourrait souffrir autre interprétation de ceux qui n’auront lu la prodigieuse force de ce prince-là. (121-122) Cette anecdote sur la générosité du héros national albanais avait fait l’objet de plusieurs études, d’après lesquelles on pouvait conclure qu’elle était la seule à avoir fait l’objet des réflexions du célèbre auteur français. Or, nous remarquons que Scanderbeg est mentionné à plusieurs reprises dans les Essais et revient constamment sous la plume de l’auteur tout au long de la rédaction de son œuvre. Il semble bien que Montaigne avait dans sa bibliothèque l’ Histoire de Scanderbeg de Marin Barleti. Il est évident que l’écho des combats héroïques des Albanais et la renommée glorieuse de Scanderbeg comme grand stratège, dépassèrent les limites de l’espace et du temps, en laissant pas insensible un auteur comme Montaigne : « Scanderbech bon Juge et tres expert, avoit accoustumé de dire, que dix ou douze mille combattans fideles, devoient baster à un suffisant chef de 3 Voir l’introduction de Henri Weber, in Agrippa d’Aubigné, Œuvres , Paris, 1969, XXIV.

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