AGAPES FRANCOPHONES 2012

222 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 guerre, pour garantir sa réputation en toute sorte de besoing militaire. » (593) Scanderbeg selon Voltaire : une incarnation collective Voltaire est le premier qui, dans une histoire générale, ait illustré la résistance du peuple albanais contre l’occupation ottomane. Et cela dans son traité historico-philosophique Essai sur les mœurs et l’esprit des nations , publié en 1756, dans lequel il résume l’histoire du monde, depuis Charlemagne jusqu’à Louis XIII. Dans cette œuvre, qui n’est pas une histoire de rois, mais une histoire de civilisation, divisée en 197 chapitres, Voltaire consacre à Scanderbeg tout un chapitre. Après avoir parlé de manière générale de la naissance et du développement de l’empire ottoman, il écrit : Un autre guerrier non moins célèbre, que je ne sais si je dois appeler osmanli ou chrétien, arrêta les progrès d’Amurat, et fut même longtemps depuis un rempart des chrétiens contre les victoires de Mahomet II : je veux parler de Scanderbeg, né dans l’Albanie, partie de l’Épire, pays illustre dans les temps qu’on nomme héroïques, et dans les temps vraiment héroïques des Romains. Son nom était Jean Castriot. (Voltaire 1963, 814) Il est vrai que Voltaire connaît le caractère de la lutte stoïque du peuple albanais, mais apparemment il ne connaît pas tous les détails, vu qu’il se trompe sur le prénom de Scanderbeg, qu’il appelle Jean Castriot. Or le vrai prénom du héros est Georges. Il est évident que le philosophe le confond Scanderbeg avec son père, qui s’appelait Jean. Il convient de noter aussi que Voltaire exprime l’idée, en parlant de Scanderbeg, que le sultan Murad II aurait pu empoisonner les frères de ce dernier : Les annales turques ne disent point du tout que ces quatre princes aient été immolés à la vengeance d’Amurat. Il ne paraît pas que ces barbaries fussent dans le caractère d’un sultan qui abdiqua deux fois la couronne, et il n’est guère vraisemblable qu’Amurat eût donné sa tendresse et sa confiance à celui dont il ne devait attendre qu’une haine implacable. (814) Ce qui apparaît dans les passages consacrés à l’empire ottoman est que Voltaire essaie de relativiser et de restaurer l’image de ce dernier. Ainsi il ne fait pas apparaître le sultan Murad comme un monarque barbare et sauvage. Le philosophe ne se cache pas quand il tente de réhabiliter cet empire, qui, à vrai dire, faisait l’objet de plusieurs critiques très négatives de la plupart des auteurs français : Je crois devoir ici combattre un préjugé, que le gouvernement turc est un gouvernement absurde qu’on appelle despotique; que les peuples sont tous esclaves du sultan, qu’ils n’ont rien en propre, que leur vie et leurs biens appartiennent à leur maître. […] Mais tous nos historiens nous ont bien

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