AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 223 trompés quand ils ont regardé l’empire ottoman comme un gouvernement dont l’essence est le despotisme. (832-835) Pour Voltaire, les exploits du peuple albanais contre cette grande puissance, sont dus à deux facteurs principaux : à la bravoure des Albanais qui « passent pour les meilleurs soldats de ces pays » (815) et aux conditions géographiques de l’Albanie « terrain âpre et montagneux » (815). Même s’il mentionne ces deux facteurs, le philosophe n’oublie pas de mettre en évidence le rôle de Scanderbeg dans la résistance contre les Ottomans : Il n’y avait en Europe que deux princes dignes d’attaquer Mahomet II. L’un était Huniade, prince de Transylvanie, mais qui pouvait à peine se défendre ; l’autre, ce fameux Scanderbeg, qui ne pouvait que se soutenir dans les montagnes de l’Épire, à peu prés comme autrefois don Pélage dans celles des Asturies, quand les mahométans subjuguèrent l’Espagne. (815) Ainsi, dans l’œuvre de Voltaire, Scanderbeg se présente-t-il comme une des personnalités les plus éminentes de son époque. Mais comme il appartenait à un petit pays, il ne pouvait pas jouer un rôle encore plus grand dans l’arène internationale : « Si les empereurs grecs avaient été des Scanderbegs, l’empire d’orient se serait conservé. » (816) Ce qui est intéressant dans cette approche, comme l’explique Nonda Bulka dans l’article « Les Lettres Françaises et Scanderbeg » (1969-1970), c’est « qu’il ne voit pas Scanderbeg comme un phénomène individuel, mais comme un représentant de son pays. Ainsi Voltaire fait avancer l’intérêt qu’avaient montré avant lui pour Skanderbeg, le représentant de la philosophie morale, Montaigne, et Agrippa d’Aubigné. » (535-540) De ce fait Scanderbeg, en tant que héros, a une valeur d’incarnation collective, et peut introduire à l’appréhension de l’ensemble de la représentation de l’Albanie et de ses habitants. Tous les textes évoqués sont tombés dans l’oubli, au fur et à mesure que l’Empire ottoman cessait d’être une menace et qu’on s’éloignait de l’Ancien Régime, mais le thème de Scanderbeg s’affaiblit et s’infléchit plus qu’il ne meurt vraiment, au long du XIX e siècle. L’Orient et son attrait au XIX e siècle En ce qui concerne l’Albanie du XIX e siècle, celle-ci faisant à cette époque partie de l’Empire ottoman, il nous a fallu trier d’une part tous les récits de voyages créés à l’époque en Turquie et en Orient, d’autre part tous les récits de voyages des Balkans et plus particulièrement d’Albanie. Quatre grands écrivains ont parlé de l’Albanie et des Albanais: Lamartine, Balzac, Hugo et Dumas.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=