AGAPES FRANCOPHONES 2012

224 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 La cristallisation de l’image de Scanderbeg chez Lamartine Pendant son premier Voyage en Orient ( 1832-1833), Lamartine traversa les Balkans et laissa un témoignage important sur les peuples qu’il avait rencontré. Il passa deux fois à côté de l’Albanie, sans jamais connaître de près le peuple de ce pays, pour lequel il avait montré auparavant un grand intérêt. De ce point de vue, les autres peuples des Balkans ont eu plus de chances, parce que le témoignage laissé par le poète dans ses souvenirs de voyage est de grande valeur. Après la publication du recueil de poèmes Méditations poétiques (1820), Lamartine suscita à nouveau l’admiration des lecteurs avec Le dernier chant du pèlerinage de Childe Harold (1825) qui n’est qu’une suite du poème de Byron, mort un an auparavant. En peignant le soutien du poète anglais à la révolution de la Grèce qui se trouvait sous le joug ottoman, Lamartine met en évidence la participation des Albanais dans l’armée formée par Byron pour soutenir la cause grecque. Ainsi dans les notes de la fin du recueil, Lamartine trouve indispensable de faire quelques éclaircissements sur la patrie de ces soldats. Entre autres considérations, on lit : L’Albanie comprend une partie de la Macédoine, L’Illyrie et l’Epire. Ce pays, qu’on peut apercevoir des côtes d’Italie, est un des plus beaux de la Grèce. Lord Byron dit qu’il n’est point de plume ou de pinceau capable de rendre la beauté de ses sites; nous pourrions ajouter qu’il n’y a ni plume ni pinceau capables de rendre l’héroïque dévouement de ses habitants dans les derniers temps de la lutte qu’ils ont soutenue, plus que tous les autres, pour l’affranchissement de la Grèce. Ils ressemblent, assure-t-on, aux montagnards de l’écosse ; leurs vêtements, leur figure, les mœurs, sont les mêmes [...]. (216-217) Ainsi, c’est depuis 1825 que Lamartine avait une idée générale sur les Albanais et leur pays. Mais c’est seulement presque trois décades après qu’il va traiter le thème albanais et surtout l’épopée de Scanderbeg: et cela dans son œuvre Histoire de la Turquie (1854-1855) . En ce qui concerne les Albanais, Lamartine dit que ce peuple est également connu sous différents noms et que leur origine est obscure. Puis il ajoute que la langue albanaise, tout en conservant sa racine, est pleine d’éléments étrangers, tandis que : Leur religion, altérée aussi par le voisinage, par l’invasion et la colonisation de leurs plaines, flotte du mahométisme au christianisme; et du schisme grec au catholicisme romain, selon les races avec lesquelles ils commercent ou combattent tour à tour. Ils changent avec une étonnante facilité de cultes [...]. La seule qui soit immuable chez les Albanais c’est la passion de l’indépendance et la gloire. Cette passion pour la gloire est le trait dominant du caractère et la source de leur héroïsme : c’est la terre des héros dans tous les temps. (119-120)

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