AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 225 L’auteur souligne aussi l’antiquité du peuple albanais et présente quelques hypothèses sur ses origines. Voici comment le poète imagine les Albanais : Leur esprit est poétique comme leurs mœurs; leurs chants populaires, surtout ceux de leur époque héroïques sous leur compatriote Scander-Beg, rappellent les chants homériques plus que les chants amollis de la Grèce moderne. Ils mêlent, comme Achille, la poésie, la musique et la danse à la guerre. (121-122) Il est intéressant d’expliquer sur quelles sources s’est appuyé Lamartine pour écrire sur les Albanais. Dans la bibliographie du livre, dans les œuvres citées, on retrouve le récit de voyage d’un diplomate français, Félix de Beaujour 4 qui passa plusieurs années dans les Balkans au début du XIX siècle (une partie de son œuvre est consacrée à l’Albanie). Lamartine s’est peut être inspiré aussi de Pouqueville 5 , consul français à Janina, qu’il ne cite pas dans cette œuvre. Mais, la référence à Pouqueville, qui mérite une reconnaissance spéciale pour avoir fait découvrir l’Albanie en France, se retrouve en 1825, dans les notes de son œuvre Le Dernier Chant du pèlerinage de Childe Harold (219-253) . Néanmoins, l’Albanie avec ses hautes montagnes et ses plaines fertiles, est décrite en conformité avec la réalité, telle qu’elle était également décrite par les différents voyageurs qui ont eu l’occasion de la visiter. Malgré sa turcophile affichée, malgré son regret pour l’agonie d’un Empire ottoman si puissant jadis, Lamartine a donné une place d’honneur à l’un des opposants les plus dignes de l’Empire : Scanderbeg. Comme tous les historiens de la Turquie, Lamartine ne pouvait pas traiter l’histoire de ce pays sans parler de la résistance historique de Scanderbeg contre les Turcs. A la différence des autres historiens, il accorde au héros albanais une grande attention. Avant de commencer l’histoire de la vie et des guerres de Skanderbeg, Lamartine décrit objectivement, en quelques mots, la résistance de ce prince contre les Turcs, à la tête de cette petite nation armée. Après une comparaison de Skanderbeg avec Jean Hunyadi, il écrit : Disons quel était cet autre Huniade, plus barbare, mais plus grand que le héros hongrois, et qui, sans autre appui que lui-même, et sans autres alliés que ses montagnards patriotes, contrebalança pendant deux règnes et un quart de siècle la fortune des Ottomans. Ce grand homme était Scanderbeg. (Lamartine 1854-1855, 123) 4 Felix de Beaujour, Voyage militaire dans l’Empire Ottoman , ou Description de ses frontières et de ses principales défenses , soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographique s, Paris, 1892. 5 F. Pouqueville, Voyage de la Grèce, Paris, 1820-1821.

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