AGAPES FRANCOPHONES 2012

226 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Concernant l’histoire de l’invasion turque en Albanie, Lamartine ne reste pas totalement fidele comme aux autres historiens, en commençant par Marinus Barletius. L’auteur affirme que le sultan Murad II prend en otage quatre fils de Jean Castriot, « en père plus qu’un vainqueur » (130), et que les frères de Skanderbeg, qui étaient plus jeunes que celui-ci, décèdent dans les premières années d’exil, tandis que seul Scanderbeg réussit à survivre, parce que « la nature lui avait donné en même temps le corps et l’âme du héros. La beauté de sa mère, célèbre en Albanie, la structure à la fois robuste et élancée de sa race, se retrouvaient en lui.» (130) Or Lamartine ne mentionne pas les affirmations des autres historiens à propos d’un possible empoisonnement des frères de Scanderbeg, par le Sultan. Cette hypothèse omise est cohérente avec la conception générale de l’Histoire de la Turquie, que l’auteur incarne. Comment pouvait-il montrer ce côté sombre des sultans tel que l’histoire le sait, quand il a assumé le rôle de panégyriste ? D’autre part, en dépit de la vérité historique selon laquelle Scanderbeg était le plus jeune de ses frères, pour Lamartine il est l’aîné. Toutefois, étant donné que ses œuvres historiques ont été écrites à la hâte, de telles erreurs s’expliquent facilement. Nous ne devons pas oublier non plus que Lamartine n’a jamais conçu ses ouvrages historiques en fonction de critères scientifiques stricte. Les dates des divers événements sont rarement mentionnées. L’Histoire de la Turquie a été plutôt conçue dans le souci d’écrire le plus vite possible. Cela est dû à l’envergure de la tache qu’impose ce genre d’écriture, mais surtout aux problèmes économiques dont faisait face Lamartine à la fin de sa vie. (Lamartine 1996, 81-194) Ainsi, encore une fois, l’imagination vivante de Lamartine fait surface et nous propose un des plus beaux portraits de Scanderbeg : Le jeune Scander-beg, disent-ils, était de taille élevée et souple, étroit de ceinture, large d’épaule, bombé de poitrine, léger de jambes, fier, cadencé et théâtral de démarche; son cou était large et long, la tête petite, son front élevé, son visage opale; ses yeux brun veinés de feu, ses traits frais et gracieux comme des traits de femme, ses cheveux noirs et naturellement bouclés sur le cou; son teint blanc et coloré par le sang pur de ses montagnes natales; son regard doux et hardi sans impudence, mais un peu faux; sa voix portait à une grande distance comme celle des bergers de son pays, qui se répondent d’une vallée à l’autre par-dessus le mugissement de leurs eaux. Il parlait l’albanais, le grec, le turc, l’arabe, l’italien indifféremment. Il composait des vers et chantait en s’accompagnant de la lyre des Epirotes dans toutes ces langues. Il maniait le cheval, le sabre, le djerid et l’arc des Turcomans avec une vigueur et une grâce qui l’avaient rendu terrible et célèbre avant l’âge de la force parmi les pages d’Amurat [...]. (131) Lamartine, bien qu’il souligne les grandes victoires de Skanderbeg contre les armées turques, dirigées par Ali Pacha, Mustafa Pacha, et Feriz

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