AGAPES FRANCOPHONES 2012

228 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 propre à l’image, un peu barbare certainement, présente dans les esprits des écrivains français, dans cette époque où l’Orient charmait et faisait peur à la fois : C’est un homme court, trapu, d’une figure africaine: lèvres épaisses, bouche fendue, et nez plat soufflant du feu. Son œil annonce la férocité; sa barbe touffue, la force; sa démarche, l’homme qui n’a jamais peur; et ses traits grossiers, une origine commune. Pour toute arme défensive, il avait un casque sur la tête; mais il portait à sa ceinture un sabre turc très recourbé, dont il caressait souvent la brillante poignée. (540) Il faut dire que les épithètes qui caractérisent ce personnage sont constants et montrent cette recherche continuelle de Balzac pour mieux le portraiturer. Ainsi Castriot l’Albanais (comme l’appelle Balzac), est à la fois « farouche » (576) et « féroce » (811), mais aussi « fidèle » (798), « courageux » (764), « infatigable » (704) et « intrépide » (782). Personnage qui inspire la peur, mais aussi qui fascine par les vertus et valeurs qu’il incarne. Or, cette ambivalence on la retrouve presque systématiquement chez d’autres écrivains qui se sont plongés dans cet univers albanais On pourrait aussi souligner que dans le roman on remarque un certain parallélisme entre Castriot, le personnage, et Scanderbeg. Or Balzac le met à la tête d’une petite armée qui a comme rôle celui de protéger la princesse Clotilde, ce qui rappelle symboliquement Scanderbeg et son histoire à la tête de l’armée albanaise contre les Turcs : Le corps d’élite fut formé de Castriot, que l’on promut sur-le-champ au grade de commandant ; on lui donna pour soldats les trois Cypriotes et les trois musiciens du prince, ses huit valets de pied, les trois valets de chambres et cinq aides de cuisine [...]. Ce Premier corps composé de trente-huit hommes se sépara du reste et se groupa mélancoliquement autour de Castriot. (653) Selon Albert Prioult, dans son livre Balzac avant la Comédie humaine (1936, 47), Balzac avait pu lire, à la bibliothèque du collège de Vendôme, l’Histoire de Georges de Castriot surnommé Scanderbeg roi de l’Albanie , de Jacques de Lavardin. Il aurait pu lire aussi Le Pèlerinage de Childe Harold (1812), dont nous aurons à reparler, où Byron invoque « la terre d’Albanie, où naquit Iskander, dont l’histoire séduit la jeunesse et instruit le sage » (1856, chant XXXVIII). Ali Pacha ou le « nouveau Scanderbeg » Le pachalik de Jannina, sous l’administration d’Ali Pacha, non seulement joua un rôle important dans la politique de l’Albanie, mais influença aussi les événements qui se déroulèrent dans le sud des Balkans, à la fin du XVIII e et au début du XIX e siècle.

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