AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 231 référence cryptique aux villes maudites que Dieu à précipitées dans les ab î mes marins pour leurs péchés. Le poète appelle donc une punition cosmique à la hauteur de ses crimes : Que t’importe le temps, ô mer intarissable? Un siècle est comme un flot dans ton gouffre éternel. Engloutis cet écueil! que ta vague l’efface […] Afin que rien n’en reste au monde, et qu’on respire De ne plus voir la tour d’Ali, pacha d’Épire. (tome 2, 4) Il est à remarquer ici le philhellénisme de Victor Hugo dans la façon de traiter cette figure emblématique albanaise. De cette façon Hugo suit pas à pas le côté sombre du portrait peint par Byron. Mais il faut souligner aussi que dans les écrits de Byron se décèle une sorte d’enchantement par rapport à la figure d’Ali Pacha qui sans doute, comme tout grand homme, avait en lui des qualités indéniables. Ces textes, remarquables à plus d’un titre, reflètent l’attitude ambivalente de Victor Hugo- et avec lui de nombreux intellectuels français- face à Ali de Tepelenë. Ali Pacha, personnage historique exploité par Dumas pour écrire le chapitre « Haydée » du Comte de Monte-Cristo (1844) , réapparaît presque vingt ans plus tard sous sa plume, dans une chronique historique qui lui est entièrement dédiée. Il s’agit du récit biographique Ali Pacha qui a été publié en feuilleton dans son journal napolitain L’Indipendente (en italien et en français), au cours de novembre et décembre 1862, quand il demeurait à Naples, pendant la révolution des « chemises rouges » de Giuseppe Garibaldi. C’est seulement en 2009 que paraît en version intégrale aux éditions Phebus, grâce au travail du chercheur Claude Schopp. Ce qui frappe tout d’abord c’est que Dumas s’est intéressé non seulement au destin tragique d’Ali Pacha, mais aussi à l’histoire héroïque des suliots (les Albanais du sud), et en général du destin du peuple albanais. Il ne traite pas seulement l’histoire d’Ali Pacha, qui semble être influencée par l’œuvre du consul français de Janina, François Pouqueville et le livre du même titre de Félicien Malefille, mais apporte aussi un certain nombre de documents et correspondances relatifs à l’Albanie. Certes, il reste un travail inachevé, un manuscrit que Dumas ne retoucha plus, cela étant dû au fait qu’il travaillait sur d’autres projets tels que Le Comte de Monte-Cristo . Cependant, ses écrits sur la figure d’Ali Pacha semblent en quelque sorte dépasser certaines limites de la vérité historique, désignant Ali Pacha comme un tyran « qui fut à la fois le Tibère, le Caligula ou le Néron de l’Épire » (Dumas 2009, 39), bien que d’autre part il le considère comme une figure de la libération, « dont la longue résistance précède et amène la régénération de la Grèce » (Dumas 1842, 308). En faisant une description
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