AGAPES FRANCOPHONES 2012
232 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 de l’histoire albanaise et de l’histoire familiale d’Ali Pacha, Dumas parle, avec un goût particulier, des Albanais en tant que peuple. Pour l’écrivain français les Albanais sont des hommes forts physiquement et moralement ; des braves qui apprécient avant tout la liberté. Chez Dumas, comme d’ailleurs chez tant d’autres auteurs français, l’Albanais apparaît comme quelqu’un d’indifférent à la religion, malgré des siècles d’occupation, et qui a gardé scrupuleusement son identité nationale, sa langue et ses coutumes. Mais cela n’est que le revers de la médaille. De l’autre côté, Dumas présente l’Albanais comme un « bandit » qui veut vivre du pillage ; comme un mercenaire qui verse son sang en combattant pour les armées étrangères : La vendetta et l’amour sont des passions dominantes chez les Albanais, ils ont pour toute législation la loi du talion. Les femmes sont belles et fécondes mais, une fois mariées, elles deviennent presque des esclaves et on les soumet a des travaux fatigants parce que toute la production de la terre est entre leurs mains et à travailler dur, car tous les produits sont le fruit de la terre de leur travail. Comme les Suisses, les Albanais se louent, et, comme les Suisses ils sont fidèles jusqu’à la mort. La France, sous Henri IV, prit à sa solde des Albanais et Charles III, roi de Naples, avait un régiment royal de macédoniens composé d’Albanais échappée de la Calabre après la mort de Skanderbeg. (2009, 25) C’est l’époque où les Albanais, comme la plupart des peuples des Balkans, vivaient dans des conditions généralement patriarcales et tribales où dominaient l’analphabétisme et l’ignorance. Mais dans de telles conditions ce peuple conservait fièrement, des us et coutumes, des vertus et des vices, qui sont décrits et étudiés par les voyageurs français du XIX e siècle dont Dumas s’inspire. Le thème et l’histoire de l’Albanie n’était pas étrangère pour lui, surtout celle d’Ali Pacha, qui quelques décennies avant s’était soulevé contre le sultan. Dumas fait savoir ses sources d’inspiration quand il écrit que « Pouqueville et Fauriel ont raconté ses malheurs, Lamartine, en ajoutant un cinquième chant au Childe Harold de Byron, l’a chanté. » (68) Les portraits des personnages de la cour d’Ali Pacha, et les conversations avec le consul français Pouqueville sont saisissants et hauts en couleurs ; seul un homme de lettres pouvait créer de telles fresques historiques. Ali Pacha devient une image de référence. À l’époque, les descriptions du consul français de la cour du pacha et celles du Lord Byron étaient lus avec délectation dans toute l’Europe. Ainsi, à un certain moment Dumas se décrit comme un voyageur anglais tel Byron qui se dirige vers la cour du pacha : Puis, reprenant aussitôt la mer, nous eûmes bientôt laissé les îles Baléares à notre gauche, et, passant entre la Sicile et Malte, nous découvrîmes enfin
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