AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 233 l’Albanie : “Terre de rochers, nourrice de braves et d’hommes sans pitié, d’où la croix a disparu, où les minarets s’élèvent, où le pâle croissant étincelle dans le vallon, au milieu du bois de cyprès qui enserre chaque ville.” Nous abordâmes à Butrento, et, tandis que mes compagnons de voyage faisaient leurs préparatifs pour se présenter dignement à Ali-Pacha, je me contentai de prendre un guide, et je me dirigeai immédiatement sur Janina. (Dumas 184o, 148) On sait qu’à l’époque d’Alexandre Dumas c’était une mode de voyager dans des pays inconnus et exotiques, de se rendre en Égypte, Grèce, Liban ou Jérusalem. De tels voyages sont relatés dans les mémoires et livres de plusieurs auteurs connus comme Chateaubriand, Lamartine, Flaubert, Nerval, et bien d’autres. Beaucoup d’entre eux décrivent aussi les Albanais qu’ils rencontraient aux frontières reculées de l’Empire ottoman, jusqu’à Jérusalem. Les événements vécus par l’Albanie au début du XIX e siècle, et les histoires d’Ali Pacha, racontées par Byron et les autres voyageurs, avaient incité Dumas à faire des voyages dans la Méditerranée. Dans l’avant-propos de ses Impressions de voyage: En Russie (1858) , il explique : Je ferai le tour de la Méditerranée ; j’en accomplirai le périple ; j’écrirai l’histoire de l’ancien monde, qui n’est rien autre chose que l’histoire de la civilisation [...]. Eh bien, maintenant, il me reste à achever ce que j’ai entrepris ; il me reste à voir Venise, l’Illyrie, les îles Ioniennes, la Grèce, Constantinople, les rivages de l’Asie Mineure, la Syrie, la Palestine, l’Égypte, la Cyrénaïque, Tripoli. (5-6) Même dans ses romans, il n’oubliait pas les costumes albanais ornés majestueusement et avec des détails des plus subtils. S’exprimant sur l’Orient, les traditions, les coutumes et leur ethnographie, il écrivait que : C’étaient avant et par-dessus tout des Albanais aux riches costumes, qui semblaient des princes, avec leur fustanelle blanche comme la neige du Pinde, leur justaucorps et leur veste de velours cramoisi, couverts de galons d’or aux élégantes arabesques, leur ceinture brodée, de laquelle sortait un arsenal tout entier de pistolets et de poignards. (184o, 149-150) Conclusion On s’est donc proposé de voir comment s’est cristallisée et densifiée, du Moyen Âge à nos jours, dans l’imaginaire littéraire français, l’image de l’Albanie à travers l’image de l’Albanais. Les principaux vecteurs de l’élaboration de cette image sont deux grandes figures historiques : Scanderbeg (chez Ronsard, Agrippa d’Aubigné, Montaigne, Voltaire, Lamartine, Balzac, etc.) et Ali Pacha (chez Hugo et Dumas). L’évocation de ces figures et de l’Albanie dans des poèmes, récits, traités d’histoire part des

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