AGAPES FRANCOPHONES 2012

238 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 celui qui écrit et celui qui lit est purement technique – comme quand il s’agit des lettres ou des courriels. Mais pour ce qui concerne les textes qui nous intéresse en premier lieu il y a généralement aussi des imprimeurs (dont il serait naïf de croire que la tâche est purement technique), des rédacteurs, des adaptateurs, des éditeurs etc. – Je vais parler aujourd’hui d’un aspect de la tâche d’un type particulier de passeur de mots : l’éditeur des textes anciens. Plus précisément, il s’agira de la manière dont il faut qu’un éditeur traite les irrégularités dans la versification des textes écrits en ancien français. Cette contribution est en fait la troisième d’une série de travaux où j’examine les assonances problématiques qu’on trouve dans la Chanson de Roland du manuscrit d’Oxford et dans les autres chansons de geste 1 . Je pense que les irrégularités qu’on observe dans les manuscrits sont essentiellement dues à des scribes négligents et qu’il est donc souvent légitime de corriger. – Pour cette raison, j’examine les raisonnements du grand romaniste Joseph Bédier sur ce point. Bédier pense qu’il faut en général faire confiance aux manuscrits, notamment à celui d’Oxford de la Chanson de Roland . Mais, comme je l’ai montré dans les travaux déjà publiés, les vers qui sont problématiques du point de vue de l’assonance le sont souvent aussi pour d’autres raisons (parfois sémantiques, très souvent métriques). Et les irrégularités impliquent souvent des locutions très fréquentes qu’un scribe aurait pu introduire par négligence : on confond vis fier et vis cler ; as armes et as helmes etc. 2 – J’ai déjà parlé de la distinction entre a oral et a nasal à l’assonance et de la distinction entre e ouvert et a . Cette fois-ci il s’agit de l’assonance e nasal et de l’assonance a nasal dans les laisses à assonance féminine, c’est-à-dire de la question si l’ancien  peut assonancer avec  dans ces laisses 3 . Par la suite, bien sur,  va s’ouvrir en  , mais comment est la situation pour l’auteur de la Chanson de Roland ? On peut commencer par constater que dans la vaste majorité des cas, il fait la distinction. Mais il y a des exceptions, par exemple dans la laisse LXXXVI 4 . Cette laisse a une assonance féminine en  , avec des mots comme estrange , angles et France . Mais au vers 1091, on lit : Melz voeill murir que huntage me venget . Le mot venget est une variante de la troisième personne du singulier du présent du subjonctif du verbe venir et se prononce évidemment avec  , ce qui constitue donc un problème pour l’éditeur. Le ms. de Venise 4 a cependant une variante qui peut nous aider : Meio voi morire che ad onta remagne (vers 1025). Cela rend possible la 1 Voir la Bibliographie. 2 Voir surtout mon article de 2011, passim . 3 La question de la relation entre les deux assonances dans les laisses à assonance masculine est beaucoup plus complexe. Je vais peut-être retourner à cette question dans un travail ultérieur. 4 Je suis le numérotage de Bédier pour ce qui concerne les vers et les laisses.

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