AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 239 correction suivante : Melz voeill murir qu’a huntage remaigne . Mais est-ce qu’une telle correction est justifiée ? – La réponse de Bédier est négative pour ce qui concerne quasiment toutes les questions de ce type dans le texte du manuscrit d’Oxford. « La copie d’Oxford est unique, écrit-il, elle est notre seul bien tangible, réel. J’ai accepté ce fait en sa plénitude. J’ai donc résolu de respecter l’usage du copiste anglo-normand » 5 . Quand on lit ceci aujourd’hui il est en effet difficile d’échapper à la notion que Bédier aime cet Anglo-normand – avec tout l’aveuglement de l’amour. Dans les travaux que j’ai publiés déjà on voit de nombreux exemples de ce qu’il rejette même les corrections les plus solidement fondées et – pourrait-on croire – les plus anodines. L’attitude qu’il adopte fait en pratique qu’il est proche de rejeter la distinction entre auteur et scribe. Si ce dernier a mis un mot avec assonance féminine en  à la fin d’un vers dans une laisse où les autres vers se terminent par une assonance féminine en  , alors il faut tout simplement l’accepter et l’imprimer. Mon attitude est une autre. Je pense qu’il faut donner raison aux éditeurs qui acceptent la correction qu’on vient de voir 6 . Ce choix est fondé sur un examen systématique de toutes les irrégularités de ce type 7 qu’on trouve dans la Chanson 8 . Je commence par les cinq cas évoqués par Bédier 9 : 5 Je cite l’Avant-propos de son édition, p. VIII-IX. 6 Comme Bertoni, Roncaglia, Segre et Short – qui suivent une suggestion d’Adolf Rambeau (p. 39). Stengel propose qu’ad honte vis remagne . 7 Les laisses qui nous intéressent ici contiennent aussi d’autres assonances problématiques. Je ne parle pas ici de celles que j’ai examinées déjà. J’omets aussi le vers 831 (où il est très facile de corriger en changeant l’ordre de mots), le vers 2331 (où le texte du manuscrit a été corrigé) et les vers 2312-13 (où Segre et Short sont d’accord pour accepter une ancienne et très convaincante correction) . Dans le cas des vers 831 et 2312-13 il ne s’agit d’ailleurs pas de la distinction entre  et  . 8 Je ne suis pas le premier à tenter un tel examen, Rambeau l’a fait dès 1878. Mais il s’agit d’un type d’examen de base qu’il n’est pas inutile de refaire de temps en temps et le travail de Rambeau est selon beaucoup de points de vue daté : il se réfère à l’édition publiée par Müller en 1863 (où la numérotation des laisses est déconcertante), il a l’affreuse nonchalance bibliographique de son temps, il utilise des symboles qui ne sont plus courants – comme η pour  , tout en disant que ce son est « palat[al] » (p. 36) – et certaines de ses affirmations ne sont plus acceptées : le résultat de a tonique libre devant consonne nasale ne se serait pas une diphtongue dans la langue de l’auteur de la Chanson , il semble supposer que le deuxième élément de la diphtongue aurait empêché le a de se nasaliser (v. p. 37s). Cela dit, je regrette beaucoup ne pas avoir pris connaissance du travail de Rambeau plus tôt. – L’éditeur Short donne des listes très utiles des cas problématiques dans les laisses que j’examine ici. Je ne vois rien à critiquer dans la liste qui concerne l’assonance féminine en  (p. 91), mais celle qui concerne l’assonance féminine en  inclut curieusement les vers 2314, 2315 et 3715 (p. 87). Or freindre au vers 2314 et pleindre au vers 2315 n’ont de problématique que leurs graphies, les formes traditionnelles sont fraindre (> frangere ) et plaindre (> plangere ). Et rendre au vers 3715 ne fait pas partie du texte d’Oxford, c’est une conjecture. Il y a d’autres conjectures qui évitent cette difficulté, v. par exemple l’édition de Segre. 9 Commentaires , p. 278 ss.

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