AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 241 qu’ « au cours de Ancien Français I [c.-à-d. entre 842 et 1100] » 10 et qu’elle ne concerne pas tous les dialectes 11 . On peut penser aussi qu’un substantif comme fidentia , courant depuis le latin classique, très fréquent en ancien français et sans doute aussi en « gallo-romain », a pu garder sa forme propre même si fidere est remplacé par * fidare et fidente(m) par * fidante : il n’est pas sûr que l’analogie avec le verbe a toujours eu lieu. Il n’est même pas nécessaire, me semble-t-il, de considérer fïence comme « savant » par rapport à fïance 12 . Je pense tout simplement qu’on en a eu une confusion générale des deux suffixes 13 . Cela pourrait être lié à deux phénomènes : d’une part, il s’agit d’une distinction liée aux conjugaisons des verbes, et beaucoup de verbes ont changé de conjugaison. D’autre part, il y a beaucoup de cas en ancien français où une même racine peut être combinée avec toute une série de suffixes : folage , foleté , foleüre , folïe , folïete , folison etc. Je pense que fïance a fort bien pu exister à côté de fïence , contenance à côté de contenence , etc. Il est caractéristique que ce dernier mot se trouve à la fin du vers non pas seulement (comme on l’a vu) dans des laisses avec assonance en – mais aussi dans la laisse CCXVI, qui a une assonance en (vers 3006). Ceci ne nous laisse en effet qu’une seule parmi les cinq difficultés évoquées par Bédier, à savoir le vers 3710. C’est la belle Aude qui demande à Charles où est Rolland, son fiancé Qui me jurat cume sa per a prendre . Le vers se trouve dans la laisse CCLXVIII, qui a une assonance féminine en , il s’agit donc d’une irrégularité indubitable. À ce point je voudrais m’arrêter pour préciser que cette irrégularité constitue en effet un argument solide et sérieux pour la thèse de Bédier. Je vais donc y revenir vers la fin. Mais il faut d’abord considérer sept autres cas qu’on pourrait à la rigueur considérer comme problématiques, mais qui ne le sont pas vraiment à mon sens 14 . 10 Mildred Katherine Pope, §921 : « in the course of Old French I » ; la définition de cette période est donnée §16. 11 Voir Pope, loc. cit. 12 Adolf Rambeau (p. 51s) considère ‒ ance comme « populaire » (volkstümlich) et ‒ ence comme « non populaire » (unvolkstümlich). Il a cependant le mérite essentiel de préciser que les deux formes ont dû avoir cours au même temps, c’est ce qu’il appelle leur « gleichzeitige Geltung ». 13 L’idée est loin d’être nouvelle. Eduard Koschwitz l’a suggérée dès 1876 (p. 54). V. aussi Suchier, Voyelles toniques , p. 67, trad. fr. p. 126. 14 Je fais abstraction ici des vers 3786 et 3920. ‒ La fin du vers 3786 manque dans le manuscrit d’Oxford ; tandis que le deuxième hémistiche du vers 3920 est sans doute une erreur parce qu’il est identique avec celui du vers précédent. Plusieurs éditeurs proposent des corrections dont le dernier mot est detrenchet . Cela donne une assonance féminine en , qui est aussi l’assonance de la laisse CCLXXXV. Le vers précédent se termine par descendre , ce qui est tout aussi régulier. On a donc bien un problème éditorial, mais pas un problème avec l’assonance.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=