AGAPES FRANCOPHONES 2012
242 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 D’abord dans la laisse CCVIII, qui a une assonance féminine en , on a à la fin du vers 2914 reialme . Mais la vocalisation et la nasalisation ont sans doute eu lieu (dans cet ordre). Et comme assonance avec , il faut sans doute supposer que assonance avec 15 . Puis dans la laisse CCXVI, qui est une laisse en , on a à la fin du vers 3008 Maience . Les formes les plus anciennes de ce toponyme sont Moguntiacum et Mogontiacum (avec accent sur le a ). Je dois avouer que la relation entre ces formes et la forme française du nom m’échappe. Je vais donc laisser ce vers de côté. Dans la laisse CCLXXIV, qui est aussi en , on a au vers 3783 Sorence . L’étymologie de ce toponyme est des plus incertaines, on ne sait même pas de quel lieu il s’agit. On peut cependant noter que le nom apparaît à la fin d’un vers dans une autre laisse avec assonance féminine en (c’est la laisse CCLXXXV et le vers 3915). Dans la même laisse CCLXXIV on a aussi calunje à la fin du vers 3787, c.-à-d. un mot qui n’a ni a ni e dans la syllabe accentuée. Il faut bien sûr admettre que calunje est le résultat régulier en ancien normand de l’étymon calumnia . Mais calumniare donne régulièrement chalengier . Il faut donner raison aux éditeurs qui corrigent en le déverbal calenje 16 . La laisse CCLXXXV est aussi en ; elle contient le vers 3923 qui se termine par acraventet . On dit normalement que le verbe latin crepantare devient cravanter . Cela suppose une assimilation : crepantare devient * crapantare . Or il est facile d’imaginer plutôt une métathèse crepantare > crapentare . Le fait est qu’ailleurs qu’en ancien français – c’est-à-dire ailleurs dans la Romania – on a des formes en ‒ ent ‒ . « Die Formen mit ‒ ent ‒ zeigen Vokalumstellung » dit le dictionnaire étymologique de Meyer-Lübke : « Les formes avec ‒ ent ‒ montrent une inversion des voyelles » 17 . Je pense donc qu’on a eu des formes avec e nasal aussi en ancien français, ce vers ne constitue pas une irrégularité du point de vue qui nous intéresse. Dans la laisse CCXC, qui a une assonance en , le vers 3979 se termine par essamples . L’étymon de essample ou essemple est exemplum , on attendrait une forme avec . Mais Eduard Koschwitz affirme (sans donner des exemples) que le mot en question peut rimer avec aussi dans des textes qui distinguent généralement les deux voyelles nasales 15 Short dit dans son édition (p. 88) que reialme est une graphie de reiamme . Cette supposition ne me semble pas nécessaire. 16 Ils écrivent chalenge (Jenkins), calenge (Stengel et Whitehead) ou calenje (Bertoni, Roncaglia, Segre et Short). 17 REW, 2312.
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