AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 243 (p. 54n1). Rambeau dit que la voyelle accentuée du mot s’est ouverte particulièrement tôt – « déjà dans le latin vulgaire de la Gaule du Nord » (p. 38) 18 . Essample serait donc la forme normale en normand. Voici les arguments principaux en faveur de cette thèse : 1 o Les mots anglais example et sample . 2 o Le fait – que Rambeau cite en se référant à Éduard Mall – que Philippe de Thaon assonance essemple avec remembrance et dutance, même s’il distingue généralement  et  ( le Bestiaire , vers 953s et 2123s). Mais, comme le dit justement Mall : « ces mots [les mots en ‒ ance / ‒ ence < ‒ antia / ‒ entia ] constituent, on le sait, un cas particulier » (son édition du Comput de Philippe de Thaon, p. 76) 19 . On a déjà vu en quoi consiste cette particularité. Hermann Suchier, dans son édition du sermon rimé Grant mal fist Adam (p. 71), ajoute les arguments suivants : 3 o Dans le Voyage de saint Brandan de Benoît (ou Benedeit), on trouve la rime ensample : ample (vers 37s). – On pense que Benoît fut anglo-normand. Mais est-il pour autant prouvé qu’il distinguait partout d’une manière conséquente les deux voyelles qui nous intéressent 20 ? 4 o Le mot dérivé de exemplum a « toujours » a « en normand ». Un nombre considérable d’exemples sont cités 21 . – Mais il s’agit là de graphies , non soutenues par l’assonance ou la rime. Dans son travail sur les Voyelles toniques , Suchier donne même une espèce d’explication : « Peut-être y a-t-il emprunt à ample dans la forme norm[ande] et anglo-norm[ande] essample » (p. 67, trad. fr. p. 125). Mais pourquoi ? Dans son édition de la Vie de saint Alexis , Christopher Storey tente une justification : « il y a une parenté de signification entre les deux verbes essampler et amplier . » (p. 37) – Mais n’est-ce pas là un coq-à- l’âne ? Où est le lien avec essample ? Essampler (« rendre plus ample ») n’a rien à faire avec essempler (« faire des paraboles, des comparaisons ») 22 . 18 « schon im nordgall[ischen] Vulgärlat[ein » (notre traduction). 19 « mit diesen Wörtern hat es bekanntlich eine eigene Bewandtnis » (notre traduction). 20 On voit souvent dans l’ancienne littérature que les auteurs se servent de rimes et d’assonances qui ne sont en réalité bonnes que dans un autre dialecte que le leur ; il s’agit surtout de formes picardes dans des textes qui ne sont pas en picard. 21 Précisons qu’il serait évidemment possible d’ajouter d’autres exemples. Le manuscrit de base anglo-normand de l’édition de Charles Bruckner des Fables de Marie de France a 37 fois essample(s) , pas une fois la graphie essemple(s) . 22 Les dictionnaires ne donnent d’ailleurs qu’un seul exemple du premier de ces deux verbes ; v. Adolf Tobler, Erhard Lommatzsch et alii , tome III, col. 1289, l. 43-46 et la même citation chez Frédéric Godefroy, tome III, p. 567, col. a : « La veie de tes comandemenz je curi, cum tu essamplas mun cuer. » ( Le Psautier d’Oxford , Psaume CXVIII, verset 32.) ‒

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