AGAPES FRANCOPHONES 2012

244 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Il n’est pas tout à fait facile de savoir ce qu’il faut penser de tout ceci. Les arguments fondés sur des rimes ou des assonances se réduisent à fort peu de chose. Mais si les textes qui continuent à distinguer les deux voyelles nasales et qui respectent cette distinction aussi dans les graphies écrivent partout essample , cela doit être significatif. Ma conclusion est que le vers 3979 a une assonance régulière – même si l’origine de la forme essample en normand reste un mystère. La question mériterait d’être reprise. Dans la même laisse CCXC, le vers 3982 se termine par marrenes , ce qui est aussi problématique quand il faut une assonance en  . Or il semble raisonnable de supposer qu’il s’agit là d’une graphie pour la forme courante marraines ; marrine (< matrina ) est devenu marraine par changement de suffixe 23 . Edmund Stengel et Aurelio Roncaglia corrigent en marranes , tandis que Thomas Atkinson Jenkins écrit ma ḍ ranes . À mon sens marraines serait le choix logique : c’est la forme moderne, a tonique libre devant la nasale devient normalement ai et  assonance parfaitement bien avec  ailleurs dans la Chanson . Les sept vers qu’on vient de discuter n’ajoutent donc rien à l’argumentation de Bédier. Il ne reste que les vers 3710. Le problème est qu’un seul vers est bien peu dans un tel contexte. Il ne constitue pas, me semble-t-il, un argument de beaucoup de poids. Il est faux de supposer que l’auteur de la Chanson de Roland confondait les assonances féminines en  et les assonances féminines en  . Je pense donc qu’il a existé une version de la laisse CCLXVIII où le vers problématique manquait ou avait une autre forme. L’auteur distinguait les deux assonances, mais le texte a été modifié par quelqu’un pour lequel  s’était déjà ouvert en  . Cette conclusion ne permet cependant pas de retrouver le texte original ; il n’y a pas ici d’autres manuscrits qui pourraient nous aider. Si on veut corriger, il faut avoir recours à une conjecture – ce qui est évidemment un exercice un peu vain. Mais il n’est pas, me semble-t- il, tout à fait absurde et il est en tout cas fort amusant. Quant à essempler , c’est un mot de la langue judéo-française : je cite la définition que Tobler, Lommatzsch et alii (tome III, col. 1300, l. 43-45) empruntent aux Recherches lexicographiques de Raphael Levy (p. 53). On consultera aujourd’hui plutôt la Contribution de Levy (p. 318s). 23 « Given the assonance at which it is, marrenes 3982 is for OFr. marraines and derives from * MATRANAS », dit Short dans son édition (p. 23). « Mit S[uffix-]W[echsel] », dit Meyer- Lübke (REW, 5420). V. aussi Rambeau (p. 38) qui se trompe cependant en supposant que * matrana devient marrane au lieu de marraine , cf. la note 8 ci-dessus.

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