AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 23 peut-être leur tendresse –, mais c’est de l’amitié pour mon cœur d’aujourd’hui. En vérité longtemps et maintenant encore, je n’ai qu’eux. (568) Le journal qu’elle écrit est la cause et le but de sa vie tourmentée par la maladie. Il est la réponse à la question « pourquoi vivre encore ? » lorsqu’elle sent la mort très proche : Ce livre est ma réponse de Dieu. Je ne sais que cela. Il me force à vivre. Je savais aujourd’hui que je meurs. Je ne mange plus, j’ai horriblement maigri: les pommettes se montrent sur les joues creuses. Je ne peux plus rien […] Et la force est dans mon esprit et je ne suis plus seule , quoiqu’à bout. (689) L’intime de la maladie L’échec le plus incontournable de Catherine Pozzi se doit à sa maladie. Si elle peut croire pouvoir trouver une âme sœur et choisir ses amis dans la vraie vie, le mauvais état de sa santé lui fait croire dans une fatalité qui la hante. Souffrant d’asthme, une maladie chronique qui cause l’inflammation des voies respiratoires menant périodiquement à l’impossibilité d’inspirer/expirer (Olendorf, Jeryan et Boyden 1999, 347), rendue, par conséquent, sensible à l’air froid et à l’anxiété, à trente ans, Catherine Pozzi est frappée par la tuberculose (Joseph 17). Du point de vue historique, la forte présence de la tuberculose reçoit, sur un plan artistique, une connotation positive et romantique au XIX e siècle, où des personnages de romans et de théâtre affectés par cette maladie ont une mort tragique impressionnante. On retrouve une nouvelle esthétique pour les silhouettes frêles et les visages pâles des souffrants : Emily Brontë décrit son personnage principal féminin des Hauts de Hurelevent comme maigre mais ayant un beau teint et des yeux brillants; Frédéric Chopin est un ange pâle à l’air mélancolique pour sa maîtresse Georges Sand 6 ; Marguerite de La Dame aux camélias impressionne le lecteur par sa noblesse de caractère fusionnée à sa souffrance de la tuberculeuse. Selon Spoiden, la construction médicale et littéraire du personnage tuberculeux « repose, au dix-neuvième siècle, sur le principe que la maladie est une expression de soi. Le tuberculeux est volontiers perçu et représenté comme un personnage aux émotions vives et déprimantes chez qui règnent délicatesse et sensibilité. » (Spoiden 19) Sur un plan général et médical, cette maladie reste une présence inquiétante, 6 Au XIX e siècle, la tuberculose laisse supposer un certain prestige chez les auteurs malades comme John Keats, Robert Louis Stevenson et les sœurs Brontë (voir Theresa Shaw, « Tuberculosis : the History of Incidence and Treatment», 27).

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