AGAPES FRANCOPHONES 2012

24 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 car bien qu’on puisse la traiter ou la prévenir dans certaines situations, les scientifiques, même aujourd’hui, ne peuvent pas l’éradiquer complètement. La première crise de tuberculose se déclenche chez Catherine Pozzi à l’âge de 31 ans, après un grave rhume dont elle blâme partiellement son mari, Édouard Bourdet : J’ai pris froid à Baden-Baden. (Pris froid parce qu’en état de dépression physique extraordinaire pour avoir pris 1,5 g de quinine et causé une hémorragie volontaire ainsi, Édouard me défendant d’avoir un enfant. J’avais peur de lui. Je cédai.) Une douleur au sommet du poumon et au- dessous du cœur que je croyais du rhumatisme, fit son chemin dans mon petit squelette, d’août à novembre. Je maigrissais, je pâlissais, tout m’excédait, sauf travailler. (29) La tuberculose est une maladie qui prend son temps, elle peut s’apaiser et même avoir l’air de disparaître. Cependant, huit ans plus tard, en 1921, la diariste souffre de nouvelles crises, encore pires qu’au début : Hier il est arrivé une chose étonnante. Je venais de me coucher. La gorge me faisait mal. J’avais envie de tousser. Je me suis levée, et comme je toussais, un flot de sang est venu. Rien n’est venu plus soudain, plus propre. Ce n’était pas une matière laide à voir, à subir, comme certains autrefois. C’était du sang écarlate, fluide, sans défaut. Le très beau, très noble…la liqueur de vie venant, tout aérée d’oxygène du poumon. Idiote, stupéfaite, je regardais. Puis, j’ai compris. Je me suis recouchée. Je n’ai pas besoin de marcher pour trouver mon terme, à quelques pas. Je me suis rendormie presque tout de suite. Je suis donc phtisique de nouveau. (176- 177) La phtisie, qui à côté de la scrofule représente une des deux formes de tuberculose connues est une affection grave, répandue, potentiellement fatale et inguérissable (Benedek 2004, 52). Affectant principalement les poumons de la personne atteinte, le bacille du tubercule, identifié par Robert Koch (1843-1910) 7 en 1882, tue une personne sur sept en Europe et ne peut être vaincu par aucun médicament connu (Daniel 2006, 55). L’histoire de la médecine nous montre les efforts soutenus des chercheurs pour trouver un médicament efficace. Le début du XX e siècle est marqué par l’emploi des composants de l’or, une tentative désespérée devant la réalité clinique dévastatrice et un exemple de la contradiction entre la réception des résultats de recherche et l’expérience clinique (Benedek 2004, 50). Introduite en 1810 par Jean-André Chrestien de Montpellier, cette thérapie s’exerce pendant des années, en passant par plusieurs 7 Voir sa présentation, “Die Aetiolgie der Tuberculose”, traduction en anglais de Berna Pinner et Max Pinner dans American Review of Tuberculosis vol. 23, 1932. Koch a reçu le prix Nobel de médecine en 1905.

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