AGAPES FRANCOPHONES 2012
250 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 l’émigration a été dépénalisée par le Portugal. Les départs de ces illégaux se sont réalisés dans des conditions très différentes, selon leur âge et leur appartenance sociale. Pour tous ces jeunes, l’illégalité vis-à-vis du Portugal dura jusqu’aux lendemains du 25 avril, puisqu’ils ne furent totalement amnistiés qu’en 1975. En effet, très peu d’entre eux ont demandé le statut de réfugié politique car ils ont préféré se mêler aux autres immigrants pour ne pas être repérés ni par la police française ni par la police politique portugaise (PIDE) soupçonnée d’avoir certains relais à l’étranger (Volovitch-Tavares 2000). Ces jeunes exilés étaient majoritairement issus du milieu étudiant et appartenaient à tout l’éventail de l’opposition démocratique portugaise. À la fin du régime Salazariste, certains exilés sont rentrés au Portugal mais d’autres ont fait le choix de rester à l’étranger. Nous présenterons ici deux romans autobiographiques de deux écrivains portugais - Manuel Alegre et Nuno Bragança - qui se sont exilés dans des pays francophones (l’Algérie et la France). Issus tous deux de l’élite portugaise, ils se sont opposés au régime totalitaire. Leurs romans ont été écrits et publiés après la chute du régime, c’est-à-dire dans une époque assez distante des évènements qu’ils ont vécu ( Square Tolstoï de Nuno Bragança a été publié en 1981 et Rafael de Manuel Alegre en 2004). La question de l’exil L’exil souligne le rapport entre le phénomène humain et l’acte d’écrire car il appartient au registre poétique et est souvent lié, dans la littérature, aux diverses formes de l’idéalisme. L’exil est un sentiment, comme le souligne l’écrivain Manuel Alegre : Perdre sa patrie c’est tout perdre : sa famille, son foyer, ses amis, son amour. L’exilé est donc condamné à la solitude. Seul, il se doit d’affronter un ailleurs fait d’inconnu, d’invisible, de peur du lendemain, où il devient un être anonyme au milieu des foules, un étranger. Il vit donc son expérience non seulement comme un dépaysement, avec tout ce que ce terme sous-entend de difficultés, sur le plan de l’adaptation, mais aussi comme un déracinement et une mutilation. (Kleiman 1993, 26) Si l’exil représente un véritable déracinement et une perte d’identité, il permet néanmoins de prendre du recul et de s’observer sous un angle différent. En effet, l’exil permet un phénomène de distanciation où s’opère un dédoublement de soi (Menant-Artigas 1974). L’un des véhicules privilégiés de ce lien affectif impossible à rompre entre l’écrivain et sa patrie est la mémoire. L’exilé « revit » en permanence son pays, par le biais du souvenir. Il y a non seulement la tendance mais aussi la nécessité pour l’écrivain d’écrire une œuvre autobiographique qui l’aide, à travers la mémoire, à interpréter sa vie, et qui lui permet de transformer la réalité, parfois douloureuse.
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