AGAPES FRANCOPHONES 2012

252 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Je suis né sous une dictature. L’époque de mon entrée à l’Université de Coimbra était placée sous le signe de la censure, de la police politique, de la répression. Mais c’était aussi un temps où le Portugal était imprégné de culture française : nous lisions Camus, Sartre, nous écoutions Juliette Gréco, Georges Brassens […]. Nous lisions le français, les auteurs français, les poètes français, et nous étions très inspirés par la résistance française : nous admirions des hommes tels que Jean Moulin, notamment. (Kleiman 1993, 16) Manuel Alegre est né en 1936 et a suivi des études de Droit à l’Université de Coimbra. En 1961, il est mobilisé en Angola où il participe à un mouvement de résistance au sein des Forces Armées ainsi qu’à une tentative de révolte militaire. Il est arrêté par la police politique portugaise, reste six mois en prison et écrit une grande partie de ses premiers poèmes. Au début de l’année 1964, il retourne à Coimbra mais la persécution policière le pousse à la clandestinité et à l’exil. Il restera dix ans en Algérie où il travaillera à la radio « Voz da Liberdade » (Voix de la liberté) et fera partie du Front Patriotique de Libération Nationale. Il rentre au pays après la révolution du 25 avril 1974, où il entame une longue et grande carrière politique. Parallèlement, il est l’auteur d’une vaste œuvre littéraire en poésie et en prose et publie Rafael en 2004 Nuno Bragança est né en 1929 dans l’une des plus grandes familles aristocratiques du Portugal. Il a suivi notamment des études d’agronomie et a obtenu une Maîtrise de Droit en 1958. C’est alors qu’il publie ses premiers textes dans le journal Encontro , journal catholique de l’Université de Lisbonne. Dans les années soixante, ses positions politiques se radicalisent. Il fut militant du Mouvement d’Action Révolutionnaire et de la Résistance Chrétienne et a développé une action clandestine fondamentale, aidant de nombreuses fuites, de nombreuses actions clandestines ou servant d’intermédiaire. En 1968, il part pour Paris où il est représentant permanent de l’OCDE pour le Portugal jusqu’en 1972 (date où il rentre au pays). Pendant cette période, il a pu concilier sa mission à l’OCDE avec ses activités littéraires (son premier roman date de 1968) ; son action politique l’a rapproché des Brigades Révolutionnaires. En 1970, il a co-signé un projet cinématographique, centré sur le problème de l’émigration portugaise et intitulée Nationalité Portugais (en 1973). Il est décédé en 1985. Rafael, narrateur et personnage principal du roman de Manuel Alegre, nous fait découvrir les mémoires de cet exilé portugais. Grâce à ce véritable récit personnel à la première personne, le lecteur revit les évènements de la dictature Salazariste à travers le parcours de ce clandestin qui fuit Coimbra, où il est étudiant, pour arriver à Paris et ensuite rejoindre l’Algérie de Ben Bella où des opposants de nombreux pays ont trouvé refuge (Alegre 2004, 158 et 179).

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