AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 253 Nous trouvons en Square Tolstoï la réflexion sur l’écriture et la narration de faits historiques de la dictature unies dans une intrigue qui se rapporte aux activités clandestines des Portugais en exil à travers Aníbal, narrateur et personnage principal. Maria Alzira Seixo considère que l’œuvre croise les filons politiques, érotiques et autobiographiques et qu’elle présente l’Histoire à travers la conscience littéraire, « un livre à écrire, une femme à aimer, un pays à libérer » 1 (Seixo 1983, 97). Les marques autobiographiques de ces deux romans sont nombreuses et touchent divers domaines que nous allons analyser à présent. L’écriture nécessaire Le premier sujet, qui est au cœur de tout œuvre littéraire, est la problématique engendrée par l’écriture. Les narrateurs expliquent en partie les raisons qui les ont poussés à l’exil, J’étais en condition de couper avec tout et tous ceux qui se mettraient entre moi et mon écriture. C’était pour cela que j’avais accepté un emploi à Paris : grâce à cela je gagnais suffisamment pour vivre et éduquer mes enfants. Et pendant ce temps, j’écrivais ce que je ne pouvais pas écrire au Portugal. 2 Et vous savez ce qu’est un poète ? Un poète c’est celui qui désobéit aux ordres. Un poète, a dit un autre poète sur le chemin du camp de concentration, il s’appelait Mandelstam, il était russe, je parie que vous n’en avez jamais entendu parler, quand il était complètement perdu, il a dit à sa femme : la poésie est le pouvoir. Il l’a dit comme ça, la poésie est le pouvoir, c’est pour cela que les dictateurs nous emprisonnent et nous tuent, uniquement pour cela : la poésie est le pouvoir 3 . Tous deux parlent de la nécessité de la création qu’ils ressentent, où la liberté d’expression est fondamentale à toute œuvre, alors qu’au Portugal la censure enfermait les auteurs. 1 “Um livro para escrever, uma mulher para amar, um país para libertar.” (Toutes les traductions sont faites par nos soins). 2 “Eu estava em condições de cortar com tudo e todos quantos se atravessassem entre a minha pessoa e a minha escrita. Era para isso que tinha abominado emprego em Paris: com ele ganhava o suficiente para viver e manter os filhos em crescimento estudantil. E entretanto, escrever o que não poderia escrever em Portugal.” (Bragança 1981, 44) 3 “E sabe quem é um poeta? Um poeta é aquele que desobedece às ordens. Um poeta, disse outro poeta a caminho de um campo de concentração, chamava-se Mandelstam, era russo, aposto que nunca ouviu falar, quando estava absolutamente perdido disse à mulher: A poesia é o poder. Foi assim que ele disse, a poesia é o poder, por isso é que os ditadores nos mandam prender e nos mandam matar, só por isso: a poesia é o poder.” (Alegre 2004, 46)
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