AGAPES FRANCOPHONES 2012
254 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 La mémoire Le lien entre ce qu’ils vivent et l’écriture est indéniable, le narrateur de Square Tolstoï précise l’effet palliatif de l’écriture : « Le fait que j’étais en train de purger la mémoire (dans l’écriture) avait un effet de catharsis » 4 . De son côté, le narrateur de Rafael explique que la mémoire collective est incertaine et que l’on ne sait jamais quels faits historiques seront gardés en mémoire par le peuple portugais ou si certains faits seront mystifiés ou altérés, comme il le précise dans l’extrait suivant : « Il est possible que plus tard nous ayons été tous des héros. Ou que l’on en parle beaucoup. Ou peut-être que l’on oublie. Je ne sais pas, au juste, ce qu’on dira. Peut-être que l’on parlera de ce qui ne s’est jamais passé » 5 . Il ajoute que la population ne veut pas entendre parler de l’histoire des ces exilés, le dialogue est impossible et la transmission de la mémoire collective difficile. L’unique moyen de partager cet épisode douloureux de l’histoire est de l’écrire, Cette tranche de vie n’est qu’à toi. Personne ne voudra savoir. Plus tard, quand tu voudras raconter, ils changeront de conversation. Même tes proches. Il n’y a pas d’autre solution que d’écrire comme si tu te racontais à toi-même. La guerre, la prison, le « salto » (départ clandestin du Portugal), l’exil 6 . La réflexion sur l’exil Le narrateur de Rafael considère le langage à la fois comme une patrie et comme un exil, le langage est l’unique patrie du narrateur : « Je voulais entrer au couvent de la poésie, construire les grands arcs de la solitude dont parle Rilke, faire du langage une espèce de patrie ou d’exil » 7 . Il considère que l’exil permet de mieux appréhender son pays et ainsi d’en avoir pleine conscience : « Pour avoir un pays il faut le perdre, il n’est à nous qu’après, ce n’est qu’après que l’on découvre et que l’on 4 “O facto de eu estar purgando a memória (no escrever) tinha um efeito de catarse.” (Bragança 1981, 172) 5 “É possível que mais tarde todos tenham sido heróis. Ou que se fale muito. Ou talvez se esqueça. Não sei, ao certo, o que se dirá. Talvez se fale do que nunca aconteceu.” (Alegre 2004, 22) 6 “Esta parte da vida é só tua. Ninguém vai querer saber. Mais tarde quando quiseres contar, mudarão de conversa. Mesmo os teus. Não há outro remédio senão escrever como se a ti próprio estivesses a contar-te. A guerra, a prisão, o salto, o exílio.” (Alegre 2004, 131) 7 “Queria entrar para o convento da poesia, construir os grandes arcos da solidão de que fala Rilke, fazer da linguagem uma espécie de pátria ou exílio.” (Alegre 2004, 36)
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