AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 255 comprend […] on a une patrie que lorsque l’on en a pas. L’exil est une patrie. Nous sommes nous même notre patrie » 8 . La perte d’identité Rafael nous décrit l’extrême solitude, la perte d’identité qui accompagne son exil, dans les rues de Paris, À cette heure là, ceux qui te croisent vont quelque part, il n’y a que toi qui n’a ni lieu, ni nom, ni papiers, tu ne sais pas trop où tu es, où dormir, on a envie de mourir quand on est si seul et désemparé dans une grande ville où les personnes rentrent chez elles, ou du moins, semblent rentrer chez elles, elles sont pressées, certaines sourient, il y a des bousculades, des queues dans les stations de métro et des autobus, les trottoirs sont pleins. Ensuite, tout d’un coup, plus personne. Toi-même tu n’es personne, tu as perdu les lieux, le nom, l’identité, tu n’as personne à qui sourire, ni à qui parler, ni même à qui demander si elle sait où tu peux dormir sans avoir à montrer ton passeport, tu ne peux même pas poser cette question, je ne crois pas que j’ai été si seul auparavant, envie de mourir, Je est un autre , cet autre c’est toi, l’étranger, moi-même qui n’aie plus de moi, tu as perdu ta patrie, tu as perdu ton nom, tu te perds en toi-même 9 . La clandestinité pousse le personnage à devenir un autre, des autres, au fil de sa diaspora, à sentir que son identité se désagrège petit à petit pour ne devenir personne et de passer inaperçu aux autorités (en France, en Espagne, en Algérie), Il ira de maison en maison, d’hôtel en hôtel, il changera de nom, de visage, il se fera pousser la moustache, il portera des lunettes sans verres, un passeport pour les hôtels, un autre pour voyager, dans chaque nouveau document un nom et une profession différents, il est clandestin à l’intérieur de lui-même, il a perdu les lieux, les références, l’identité. Il est lui sans l’être, il n’utilise pas son prénom, il a quatre ou cinq pseudonymes qui sont un autre ou des autres, hétéronymes du disparu qu’il porte en lui, une fois 8 “Para se ter um país é preciso perdê-lo, só depois é que é nosso, só então se descobre e se percebe […] tem-se pátria quando não se tem. O exílio é uma pátria. Nós somos nós mesmos a nossa pátria.” (Alegre 2004, 117-118) 9 “A esta hora os que passam por ti vão para qualquer lado, só tu não tens sítio, nem nome, nem papéis, não sabes ao certo onde estás, onde dormir, apetece morrer quando se está tão só e desemparado numa grande cidade em que as pessoas regressam, pelo menos parece que regressam, vão apressadas, algumas sorriem, há encontrões, bichas nas estações de metro e dos autocarros, os passeios estão cheios. Depois, de repente, ninguém. Tu próprio és ninguém, perdeste os sítios, o nome, a identidade, não tens a quem sorrir, a quem falar, sequer a quem perguntar se sabe onde podes dormir sem ter que mostrar o passaporte, não é sequer pergunta que se faça, não creio que alguma vez alguém tenha estado tão só, apetece morrer, Je est un autre , esse outro és tu, o estrangeiro, eu próprio que já não tenho eu, perdeste a pátria, perdeste o nome, estás a perder-te dentro de ti mesmo.” (Alegre 2004, 87- 88)
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