AGAPES FRANCOPHONES 2012

264 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 cadavre ? Est-ce qu’il se produit des transformations dans la performance des pratiques mortuaires, dans le contexte d’une guerre (ethnique), où la mort n’est plus conçue dans sa dimension individuelle mais dans celle collective? Toute mort n’a-t-elle pas quelque chose d’a-normal ? Toute mort n’est-elle pas un meurtre ? Partant de l’assertion de Zigler (1975, 12), « Aucune mort n’est “naturelle”. Toute mort est un assassinat, un arrachement, une coupure », Gaëlle Clavandier (2009, 53) défend l’idée que s’il est propre à la culture de « rendre acceptable l’irréparable », « dès lors la métaphore du meurtre doit se garder de déborder son statut d’image », en ajoutant que l’œuvre de la culture « aboutit justement à ce que ce meurtre primordial ne soit plus perçu et surtout à ce qu’une société soit en mesure d’expliquer l’irrémédiable ». Il faut donc rendre accessible la mort, l’expliciter. Dans ce sens, il revient au symbole et au processus rituel « d’instruire une médiation entre une mort biologique et une mort sociale , seule tolérable » (Clavandier 2009, 54). C’est la démarche que Visniec essaie d’entreprendre à chaque fois dans ses textes, moyennant des symboles et de tout un complexe d’images de l’innommable pour faire apprendre à ses personnages et au public (lecteur et spectateur) comment percevoir et s’approprier la mort. La mort a toujours été considérée comme un désordre fondamental, impliquant une rupture radicale de l’individu (ou d’une collectivité) avec le monde. Or, selon l’expression consacrée par Louis Vincent Thomas (1975, 449), la mort est « la forme la plus dramatique du désordre », dans le sens d’une perte de la cohésion sociale. Mais ce qui nous semble d’autant plus intéressant c’est le désordre dans le désordre, le désordre dans la mort, et plus particulièrement, tout ce qui, au niveau de la mort, n’est pas normal ou conformément aux normes sociales. Dans le sens agréé par les chercheurs de CoRPS 2 , nous traiterons l’anomie mortuaire dans les pièces de Visniec, comme (comment) le dramaturge expose dans certains de ses textes le caractère anomique de la mort. L’anomie 3 mortuaire , telle qu’elle est conçue par les membres de CoRPS, comporte l’écartement, volontaire ou non, des pratiques mortuaires et funèbres. Dans ce sens, on envisage les corps marginaux ou non socialisés , les morts en masse et les corps absents . Ces catégories corporelles seront étudiées dans quatre pièces de théâtre. Dans Les Dents on a à faire au corps marginal des voleurs de dents des cadavres. La pièce 2 Le Corps mort : Recherches historiques sur les Pratiques et le Statut du cadavre (Europe méridionale, XVIII e milieu du XX e siècle). URL : http://necrolog.hypotheses.org/projet- scientifique, consulté le 20.02.2012. 3 Le mot anomie a une origine grecque : άνομος , a-nomia, absence de loi. Le terme a souvent été apparenté aux notions de désordre, d’injustice ou d’anarchie.

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