AGAPES FRANCOPHONES 2012

276 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 « Passe, tu es pur » (Thomas, 1960 : 104) Écrire signifie « exprimer sa pensée à travers le langage » (Rey- Debove 2006, 832). Tout écrivain est donc un passeur de sens à travers un code, un passeur de mondes fictionnels ou vraisemblables, un passeur de mots. En tant que lecteurs, ces mondes et ces mots nous parviennent par l’intermédiaire de la voix narrative définie par Genette comme « aspect […] de l’action verbale considérée dans ses rapports avec le sujet, ce sujet n’étant pas ici seulement celui qui accomplit ou subit l’action mais aussi celui (le même ou un autre) qui la rapporte, et éventuellement tous ceux qui y participent, fût-ce passivement, à cette activité narrative. » (Genette 1972, 226). Diégétique, métadiégétique ou extradiégétique, la voix narrative constitue un domaine d’innovation infini, la dernière moitié de siècle poussant les recherches narratives au plus haut niveau et faisant de la narration un champ d’expérimentation mais aussi d’autoréflexion. Dans les pages suivantes nous allons nous intéresser à un type hybride de narrateur – le témoin –, tel qu’il apparaît dans trois textes d’Henri Thomas : La nuit de Londres 1 , John Perkins 2 et Le Parjure 3 Nous avons employé le terme hybride pour définir ce type de narrateur parce qu’il s’agit, comme nous allons le voir, d’un personnage en même temps intérieur et extérieur au texte : d’une part, ce personnage secondaire participe à l’événement et influe sur le déroulement de l’action ; d’autre part, c’est lui qui narre intégralement ou en partie le récit ; finalement, nous pouvons identifier dans ses traits l’image de l’auteur aussi bien du point de vue biographique que de la conception exprimée sur la littérature. Pour mettre en évidence la figure du témoin, nous allons procéder en deux étapes : tout d’abord, nous allons faire une analyse des récits en soulignant la structure des narrations et la construction des personnages; deuxièmement, nous allons comparer le personnage du témoin tel qu’il apparait dans les textes afin de définir son rôle dans le récit. Ces remarques nous aideront à mettre en valeur, enfin, la vision qu’Henri Thomas a sur la littérature en particulier et sur la capacité figurative du langage, en général. Écrivain prolifique de la deuxième moitié du XX e siècle mais peu connu par le large public, Henri Thomas se remarque dans le champ littéraire contemporain par sa confiance dans le pouvoir régénératif du roman qui peut se ressourcer dans le quotidien le plus banal, à condition de 1 Henri Thomas, La Nuit de Londres , Paris, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1956. Dorénavant désigné à l’aide du sigle (NDL), suivi du numéro de la page. 2 Henri Thomas, John Perkins , Paris, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1960. Dorénavant désigné à l’aide du sigle (JP), suivi du numéro de la page. 3 Henri Thomas, Le Parjure , Paris, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1956. Dorénavant désigné à l’aide du sigle (P), suivi du numéro de la page.

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