AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 277 rester vrai. 4 Les trois récits dont nous allons parler abordent un thème commun, la disparition, et le déclinent à travers trois faits divers : la mort de Paul Souvrault sur laquelle plane l’incertitude du suicide ou de l’accident, la disparition de John Perkins après la mort de sa femme, Judith, respectivement la fuite de Stéphane Chalier enquêté pour bigamie. La nuit de Londres est paru pour la première fois en 1956, aux Éditions Gallimard et raconte la déambulation de Paul Souvrault, personnage déjà présent dans d’autres récits de l’auteur et en même temps pseudonyme déjà employé pour la publication des poésies et des récits. Installé à Londres depuis quatre ans et travaillant à l’Agence comme traducteur, Paul Souvrault est obligé d’y rester pendant l’été 194., faute de moyens pour partir en vacances. Les seules activités qu’il entreprend sont les promenades nocturnes sans aucun but et la rédaction d’un récit sur l’individu de la foule qu’il s’amuse à nommer Mr. Smith, Mr. X, Mr. Y. Ce personnage qui occupe ses journées est « le promeneur normal, celui qui passe inaperçu des autres promeneurs normaux » (NDL 15-16) et qu’il identifie en même temps à Florian La Barre, un collègue qui était mort dans des circonstances incertaines il y avait peu de temps. La seule différence entre Paul Souvrault et ce collègue incarnant l’individu de la foule est « qu’il [Paul Souvrault] peut l’imaginer » (NDL 33). La nuit racontée dans ce récit n’a rien d’extraordinaire et on ne peut parler d’une suite d’événements ou d’une action parce qu’effectivement, il n’y a pas de changement perceptible entre le début et la fin du récit. Tout se résume à une déambulation fatigante dans les rues de Londres, une promenade balisée par quelques incidents et rencontres presque insignifiants. Paul Souvrault suit une ligne invisible qui le guide devant les vitrines et à l’intérieur de la foule. Il s’érige en observateur de cette foule en l’épiant et traquant ses bruits dans la rue. Son seul amusement durant la promenade est de faire tourner une monnaie d’un penny entre les doigts. Ne faisant pas attention, il lance par terre cette monnaie et se penche pour la récupérer. Mais peu s’en faut qu’il se heurte à un couple qui s’avance de la direction opposée. Paul se redresse en titubant et continue sa route troublé par la rencontre inattendue. Un peu plus loin, une voix venue du sous-sol d’un club attire son attention : deux hommes qu’il ne peut apercevoir parlent et l’un d’entre eux fait une remarque étrange à l’égard de Paul : « Celui-là va repasser » (NDL 73). Paul perd de nouveau la pièce et se penche pour la récupérer et l’homme qui venait de parler la lui tend. En effet, il est certain lui aussi qu’il y repassera parce qu’il avait vu sur l’autre 4 Pour Henri Thomas, une narration peut être vraie sans être nécessairement fidèle à l’événement narré dans la mesure où un texte littéraire est capable de s’ouvrir vers un instant pur où l’individu est le plus près possible de soi-même dans ce qu’il a d’unique.

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