AGAPES FRANCOPHONES 2012
26 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 médecine », Paracelse, 10 célèbre médecin suisse du XVI e siècle, était un médicament-drogue à effet calmant capable de transporter le malade en dehors du monde réel et, donc, de la douleur : Je me couche, je mange je ne sais quoi trempé de larmes, et puis je lutte longtemps avec ces douleurs de mon corps d’alors, avant de dormir. Est-ce que je m’endors ? Enveloppée de serviettes avec du laudanum, je glisse dans l’état second cher aux esprits. (98) Le Sédol administré le soir sous forme d’injection lui permet de passer chaque nuit « quatre heures dehors de l’enfer ». (342) L’huile de foie de morue, favorisée par les médecins dans le traitement depuis 1849, et l’arsenic (arsénite de potassium) qu’on apprécie comme un tonique des plus satisfaisants 11 , sont deux autres remèdes que Catherine Pozzi essaye « pour acheter quelque semaines de Paris » (353). La morphine s’avère efficace pour une période de temps : Vers la Pentecôte, le temps devient enfin beau, et la fièvre a diminué. On m’a emportée le 29 mai ici. Emportée, portée. Ici [à Vence], je croyais guérir immédiatement, comme en 1925, après le martyre des dix mois bras-asthme. 12 Mais alors, j’étais entière, je ne m’étais pas abandonnée. Et alors, je prenais de la morphine tous les jours, ce qui tout de même permet que la machine ait dix heures de repos. À présent, c’est un chiffon, un voile de l’âme flottant autour de moi comme un chiffon. Et à présent, je n’ai plus la morphine. Si, aujourd’hui, et si peu. Tout de même, c’est grâce à ce peu que j’écris. (617) Tous ces remèdes décrits par la diariste ne peuvent point rétablir la malade, ni enlever les symptômes, mais ils sont censés rendre la vie plus tolérable, plus vivable. Catherine Pozzi s’accroche aux médicaments qui l’aident tant soit peu à survivre, à vivre du jour au jour et qui lui permettent d’écrire son livre . Les pensées sombres liées à une mort proche hantent tout le journal de Catherine Pozzi depuis 1913, lors de sa première crise de tuberculose : 10 Theophrastus Phlippus Aurelous Bombatus von Hohenheim, connu sous le nom de Paracelsus (1493-1541), initialement médecin et professeur à Basle, pratiqua en dehors de l’institution à cause de ses idées non-conformistes. Il fit connaître plusieurs médicaments dans la thérapeutique européenne, comme par exemple le laudanum, le sulfure et le mercure (Walton, Barondess et Lock 1994, 723). 11 C.T. Williams (1838-1912), un phtisiologue de Londres, note en 1887 que le traitement le plus prophylactique et anti-phtisique est l’huile de foie de morue et William Osler (1849- 1919) note que l’arsénite de potassium est approprié dans les cas de tuberculose (Benedek 2004, 52-53). 12 En 1924 Catherine Pozzi a un abcès au bras et les médecins qui la soignent ne font qu’empirer l’infection par leurs traitements. L’agonie dure presque une année, période dans laquelle elle n’écrit pas de journal.
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