AGAPES FRANCOPHONES 2012
282 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 En épousant Judith, Chalier a donc prêté faux serment et a commis un parjure pour lequel il risque de perdre sa bourse et être emprisonné. Tout le monde se demande comment cela a été possible et tout ce que Stéphane Chalier peut dire pour se défendre c’est que lorsque Judith lui avait annoncé qu’elle était enceinte et lui avait proposé de se marier, il avait pensé que c’était tout naturel de le faire, en oubliant qu’il était déjà marié. L’apparition d’Ottilia entraîne d’autres souvenirs aussi. L’image du père tyrannique revient et ainsi un épisode dont on ne constate pas l’importance dans un premier moment : en vacances avec ses parents à Antibes, Stéphane se mélangeait parmi les enfants pauvres du village et demandait l’aumône aux touristes. Un jour, il s’approche d’un couple, leur dit qu’il est orphelin et ils lui offrent de l’argent mais, à sa grande surprise, le soir, au dîner, il découvre que ce couple se trouve à table, avec ses parents : il avait dit à ces étrangers qu’il était orphelin et, un peu plus tard, ces gens se trouvaient à côté de ses parents. Le couple ne dit rien sur l’incident de la journée, peut-être ils ne le reconnaissent même pas et son mensonge passe impuni. Stéphane explique son existence à travers cet épisode parce qu’au moment où il disait qu’il était orphelin, il pensait vraiment l’être ; pour lui, ses parents avaient cessé d’exister comme s’il était passé dans une autre dimension, il ne mentait pas – il croyait vraiment à ses propres paroles. Pour échapper à l’accusation de bigamie et à sa première femme qui le poursuit, Stéphane part accompagné de Judith, son fils, une petite fille adoptée par la mère de Judith et le narrateur – un collègue de Chalier – pour l’Île de Hag, dans le Main. Ils sont seuls sur l’île avec un vieillard fou et sa femme, un cochon et un cheval. Le séjour sera bref parce qu’une nuit le vieillard tue avec le fusil le cochon et menace de les tuer eux aussi. Chalier subit un nouveau décollement de rétine qui lui fait voir d’une manière distordue non seulement les images mais aussi la réalité. Très tôt le matin, à l’initiative de Judith, ils volent la barque du vieux fou et flottent en dérive jusqu’à ce qu’un bateau canadien les récupère. A Halifax, Stéphane Chalier subit une deuxième opération pour le décollement de rétine, puis lui, Judith et les enfants disparaissent tandis que le narrateur revient à son emploi universitaire et n’aura plus aucune nouvelle du couple. À la différence des deux premiers récits, Le Parjure est un texte beaucoup plus ample (246 pages) et il est écrit d’une manière continue, sous la forme de neuf chapitres. Même s’il n’y a pas une deuxième fin, ou un épilogue comme dans le cas de John Perkins ou de La Nuit de Londres , il faut pourtant remarquer un changement de voix narrative. Durant les 70 premières pages, le narrateur reste extérieur au texte et l’action est racontée à la troisième personne du singulier. Seulement à partir du moment où l’on prononce la parjure et on cherche à justifier le faux-serment de Chalier en le
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