AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 283 présentant comme innocent a lieu le passage à la première personne du singulier : Lorsque les gens qui le connaissaient on su les incroyables difficultés dans lesquelles il s’est trouvé finalement pris, personne n’aurait voulu être à sa place, et cependant on ne parlait pas de lui avec commisération. En un sens, on était sans pitié : il l’avait voulue cette existence. Il était même, disons-le, franchement coupable. Personne n’a eu pitié de lui, parce que l’on n’a pas cessé de le trouver très fort, toujours à la hauteur de l’épreuve, sans trop se demander en quoi consistait sa force : le petit rire, les yeux bleus dont le regard est rapidement devenu plus résolu, avec la froide assurance qu’il fallait, arrêtaient sans doute les curiosités. D’ailleurs, on ne tient pas tellement à traverser les apparences, dans le monde (celui des professeurs) où j’ai rencontré Stéphane Chalier longtemps après qu’il avait quitté la Californie. (P 70) 6 Après avoir analysé ces trois récits, nous pouvons constater qu’ils ont tous une double structure et peuvent être interprétés à deux niveaux : d’un côté ce qui pourrait représenter la narration d’une disparition et de l’autre une prise de position de la part d’un personnage secondaire du texte – le témoin, qui ne rajoute rien en effet au cours des événements mais intervient pour nuancer les propos et introduire une subjectivation de la lecture, un doute ou une hésitation au cœur du récit. À regarder de près, le témoin est dans les trois cas un professeur d’université et en même temps un scripteur. 7 En nous rapportant au monde universitaire, nous devons préciser qu’Henri Thomas a refusé de se présenter au concours pour devenir enseignant et, dans ses carnets, les rapports qu’il entretient avec les collègues de l’université sont présentés la plupart du temps comme difficiles. Dans Le Parjure , cette aversion transperce par l’ironie : « D’ailleurs on ne tient pas tellement à traverser les apparences, dans le monde (celui des professeurs). […] On y est d’une indifférence infinie envers tout ce qui ne concerne pas l’avancement… » (70) Quant au scripteur, souvent écrivain, Henri Thomas en distingue deux types : ceux qui sont consacrés – snobes, parlant avec assurance, écrivant légèrement ; et ceux qui sont encore tourmentés par la flamme de la 6 Il est intéressant de noter que vers la fin du récit on peut constater encore une variation de la voix narrative car on passe pour quelques pages du singulier au pluriel, de je à nous : « Les retrouver, nous retrouver, cela ne serait possible qu’en un seul endroit du monde, là où nous serions, non plus nulle part, mais près de ce puits, de cette masure. Et pourtant ni moi, ni Chalier, ni Judith, nous ne pouvons penser à ces rochers de malheur comme à je ne sais quel séjour supérieur. Et les enfants ? Il est impossible qu’ils ne gardent pas quelque chose de ce temps-là, et aux autres, par hasard, ils en parleront sûrement – non pas à moi, non pas à nous. Pour que je puisse dire nous encore, il fallait sans doute que je reste seul, à présent. » (P 242) 7 Nous avons choisi d’employer le terme scripteur parce que le professeur Godwin n’est pas un écrivain mais un chercheur scientifique.
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